15 octobre 2015

Briser le carcan de l'ici et du maintenant




Par Camille Loty Malebranche 
 


Toute limite qui ne relève de l’essence de l’Esprit n’est que borne, c'est-à-dire mur artificiel dressé au mental par un monde matérialiste et son flot du charnel psychologique frappant l’humain d’aliénation métaphysique et de déchéance spirituelle.


Pour l’homme, la dignité et la téléologie naturelle, ces appels incessants à une entéléchie, un but, un eschaton pressenti qui passe par une téléologie - cette visée à l’au-delà des banalités de la finitude, cette puissance irrépressible de l’intériorité pour briser le carcan de l’ici et du maintenant - le renversement ou à tout le moins, le déplacement voire l’abolition des limites constitue un objectif, une vocation de dépassement…


Dabord, au niveau somatique il nous faut constamment lutter contre les forces des obstacles pour maintenir et prolonger notre statut d’être vivant en satisfaisant les besoins vitaux organiques, d’une part, tout en nous protégeant, de l’autre, des dangers de la nature environnante. Après, vient la dimension intellectuelle où l’homme affronte la pesanteur des limites par l’incommensurable immensité de son ignorance. Ailleurs, bien au-delà de notre être biologique, la dimension sociale et culturelle et ses répressions sur l’homme, le poussent à s’insurger contre les limites qu’imposent des structures répressives établies par les establishments contre les majorités. Enfin, c’est la dimension spirituelle de l’homme qui déjoue toutes les bornes ontologiques de l’ici et du maintenant, du temps et de la durée, mais en impose une selon sa lecture du sens: la morale de l'harmonisation de l'esprit avec sa nature. Celle-ci est le seul espace où l’esprit humain révèle une propension à sa propre limitation. Et, si nous avons préféré dire bornes, c’est parce que toute limite qui ne relève de l’essence de l’Esprit n’est que borne, c'est-à-dire mur artificiel dressé, aliénation métaphysique et déchéance spirituelle.


Loin des mièvreries et niques de philosophes de salon ou de médias, arguant d’athéologie ou d’inamovibilité d’un ordre idéologique donné, la question essentielle de la philosophie est de savoir si de ses deux dimensions de l’esprit à la fois briseur des bornes et auto-harmonisateur des dimensions de sa nature métaphysique, l’homme peut connaître et vivre la vérité de son destin de sujet connaissant et assumer son sens ontologique malgré l’immensité du non savoir de cette existence où tant de voiles cachent la face de l’esprit.  Là, seule la foi en Dieu et la spiritualité ancrée dans l’intuition de l’espace divin, propose une réponse à l’homme et préserve la conscience des lubies abyssales de l’absurde.

 

Pour l’homme, il n’y a en fait qu’une destinée qui est la vie éternelle en Dieu; le destin individuel est donc notre manière personnelle, particulière, situationnelle de répondre dans notre existence singulière à cette vocation spirituelle pour ou contre la destinée.

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy