21 avril 2018

La foi comme rupture

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Rupture, la foi l’est d’abord par rapport à la preuve.
La preuve est contenue dans son objet, l’intelligence doit pénétrer l’objet pour la découvrir et l’expliciter. La foi est extérieure à son objet, elle est un faisceau de lumière dirigé sur lui.
De la foi en Dieu Pascal dit qu’elle «est différente de la preuve. L’une est humaine, l’autre est un don de Dieu». De la foi en général, la foi laïcisée, la même chose peut d’une certaine façon être dite : le Beau, le vrai, l’Idéal, ne peuvent être déduits d’un Réel observé, analysé, décortiqué et finalement réduit à une formule logique ou mathématique. Ce Beau, ce Vrai, cet idéal proviennent d’ailleurs que de la sphère-Monde. Comme Dieu qui «pour pouvoir paraître en ce monde […] s’en retire» et «pour y faire éprouver son omniprésence […] est contraint de s’absenter», paradoxe que relève François Jullien, le Beau le Vrai et l’Idéal sont forcément extérieurs au monde, sans quoi ils n’auraient pas la force qui nous attire souvent irrésistiblement à la Frontière de ce monde ; comme le Dieu reconnu par Lacan, pour ex-ister ils sont contraints à s’ex-traire du Monde, juste là où nous avons encore la capacité d’aller les chercher : cette capacité se nomme Transcendance, extérieure certes au monde mais interne au sujet que, tel Don Quichotte, nous espérons devenir par notre quête.
Comme l’amour humain, la foi est donc essentiellement connaissance et reconnaissance de l’altérité. La rupture est l’affirmation d’un possible différent du réel, déjà présent dans ce réel mais à révéler, ou situé hors du réel et à inventer – inventer aux deux sens de créer et de découvrir un trésor.
Il y a donc de l’immanence dans toute transcendance, divine comprise, car le sujet, supérieur, aspire à dépasser l’individu, inférieur, que je suis au présent. Cette transition de l’inférieur vers le supérieur implique ce que Gérard Eschbach appelle «un espace de transcendance», une potentialité, espace à investir, potentialité à activer – et «cet acte […] à la fois de décision et de création : décider du supérieur et le faire surgir », Roger Garaudy le nomme Acte de foi.
La foi n’est pas un état donné une fois pour toutes par une entité, dieu ou autre, disposant d’une souveraineté sur l’Homme. La foi n’est pas uniquement le fait d’une grâce, n’en déplaise à Saint Paul. Une telle causalité ferait de l’Homme une marionnette aux mains de cette entité, la transcendance en résultant serait aliénation et non libération. La foi n’est pas un être extérieur et supérieur à l’Homme, elle est l’homme lui-même ayant découvert le transcendant et construisant consciemment, volontairement, passionnément, son rapport avec lui.
Dans «Le 21e siècle, suicide planétaire ou résurrection ?», Garaudy écrit : «La croyance est une manière de penser, la foi est une manière d’agir». Le «croyant» ne partage donc pas nécessairement cet art de vivre qu’est la foi. Dans l’histoire, histoire des religions mais pas seulement, les «croyants» et les «hommes de foi» se sont souvent opposés, parfois avec une extrême violence.
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Alain Raynaud

17 avril 2018

Après les prestations télévisuelles du Président Macron...

Finitude de l'homme présidentiel  
Par Juliette Keating
https://blogs.mediapart.fr/juliette-keating/blog/160418/finitude-de-lhomme-presidentiel

Inquiétant, sombre personnage qui, à l'aube de ses quarante ans dans un pays qui vieillit, montre le visage non pas de la jeunesse mais celui de la mort. L'impression en le voyant, et tenant pour une fois à l'écouter jusqu'au bout, d'un être sans chair, machine lisse qui ne trouve qu'en elle-même les raisons et mécanismes de son fonctionnement, et qui ne comprend rien à ce qui se joue ici et maintenant. Son agressivité à peine contenue est sans humanité. Dans ses mots policés qui voudraient rappeler le droit, on entend les semelles cloutées des préfets et des flics piétinant chaque jour la loi pour mieux écraser les contestataires, celles et ceux qui veulent vivre autrement. Ainsi nous devrions nous plier à l'ordre dominant, céder à l'autoritarisme d'un individu hissé à la présidence par l'effet de la crédulité de certains, de la peur compréhensible du FN, et surtout par l'activisme d'une poignée d'amis opulents et hauts placés qui ont le pouvoir de faire ou défaire une élection prétendument démocratique. La vision de crs casqués, armes à la main, pénétrant en masse dans un amphi d'université pour cogner les étudiants, est une image qui ne le choque en rien, éternel fayot de la reproduction sociale, petit soldat du creusement des inégalités au profit d'une frange infime de la population, ces plus riches qui, dit-il, n'auraient même pas besoin de lui. La détresse des migrants ne le touche pas, les enfants emprisonnés en centre de rétention ne sont qu'une question d'efficacité de leur déportation, et l'on entend dans sa voix de sinistres échos quand il évoque l'islamisme par le mauvais bout du voile, qu'il accuse les Français.es solidaires des migrants de se faire les complices des passeurs ou qu'il répète mille fois le mot république comme on invoque une déesse païenne, du type qui dévore ses adulateurs. Il ne voit pas, il n'entend pas, il ne dit rien non plus, incarnant à lui tout seul les trois singes qui ne seraient pas ceux de la sagesse mais de l'indifférence assassine. Défenseur autoproclamé sévère mais juste des humains légaux, des écoliers sages et des petits propriétaires qui payent leurs impôts, il ne convainc personne. Il ne comprend pas que, sous le maquillage bonne mine, il suinte le mensonge et la mauvaise foi par tous les pores de sa peau et que c'est cela que le public, déjà lassé de sa ganache qu'il impose au quotidien, retient de chacun de ses cabotinages. Il ne sait pas que tout ce qu'il représente, cet ancien monde fait d'agriculture intensive, de nucléaire, de bétonnage, de missiles, de surproduction, de compétition exacerbée, de mise en concurrence de chacun avec tous, de profits à verser aux actionnaires contre les travailleurs, de gloire aux millionnaires et malheur aux vaincus, nous n'en voulons pas. Que nous haïssons l'oligarchie qu'il représente. Que son temps est fini.

Juliette Keating
16
 avril 2018

14 avril 2018

Déconstruire le monde. Un programme pour l'anthropocène. Par Diego Landivar et Alexandre Monnin


"Origens Media Lab est un laboratoire de recherches conçu comme un tiers-lieu interdisciplinaire en sciences humaines et sociales... Origens a été pensé comme un espace permettant de s’affranchir de certaines contraintes institutionnelles pesant sur les établissements de recherche conventionnels (axes de recherches délimités, faible interdisciplinarité, lourdeur administrative, angoisse financière, frilosité épistémique, court-termisme, …) et ne permettant pas d’embrasser pleinement toutes les latitudes méthodologiques et épistémiques.
Origens se propose d’enquêter sur ce qui se joue derrière la crise écologique que nous traversons, non pas comme un défi purement technique, mais comme véritable mutation anthropologique qui ne cesse de redistribuer les différents agencements du monde et de modifier nos attachements à celui-ci. Cette crise de nos milieux de vie oblige à radicaliser certaines options épistémiques afin de pouvoir penser des objets, qui sont sinon difficilement appréhendables à travers le prisme classique du naturalisme scientifique. Origens enquête sur les transformations cosmologiques induites par l’Anthropocène en mobilisant des cadres méthodologiques à la croisée de l’ethnographie, de la philosophie, de la sociologie ou encore des humanités numériques. Nous ancrons notre démarche dans un travail approfondi d’enquête (au sens pragmatique et anthropologique du terme) que nous conduisons sur divers terrains (auprès d’agriculteurs et de paysans, auprès de communautés indigènes mais aussi d’organisations « modernes » comme les entreprises, auprès d’artistes ou encore au sein des terrains numériques, …)."
Le laboratoire a été fondé par Emilie Ramillien et Diego Landivar. Alexandre Monnin en est le directeur scientifique.

6 avril 2018

Garaudy et Cemal Aydin


Roger Garaudy chez lui avec son traducteur turc Cemal Aydin







Cemal Aydin aux obsèques de Roger Garaudy




VIDEO:

1 avril 2018

A propos de Pâques et de la Résurrection. Par Patrice Leclercq

En janvier 1982, dans le premier numéro d'une petite revue locale (et confidentielle) qu'il avait créée mon ami Patrice Leclercq, humaniste et scientifique au grand savoir et au grand coeur, publiait cet article. Ça m'est aujourd'hui occasion bien venue de dire : Patrice on pense à toi, la résurrection pour toi c'est à chacune de nos pensées vers toi et à chacun de nos actes qui nous rapprochent de toi. AR




Libres Dialogues, N°1, janvier 1982, pages 2 à 4

27 mars 2018

Mai 68 - Mai 2018 (14 et fin). Révolution et résurrection. Le dialogue des civilisations

En disant ces choses, je suis passé, spontanément, à la première
personne, car j'ai vécu cela, et n'en fais point d'excuse. Ce passé est le
mien, et je n'en rougis pas. Car si j'ai pu apprendre à changer, c'est
parce que je suis passé par ce chemin-là.
J'ai connu l'apparente plénitude du dogmatisme. Puis le doute, non
comme détachement, mais comme angoisse et comme responsabilité.
Le tournant des rêves. Puis la traversée du désert, de ces déserts
spirituels où l'on rencontre si peu d'explorateurs ou de nomades pour
vous aider à ouvrir des pistes.
Je ne serais pas ce que je suis si je n'avais pas été ce que je fus.

24 mars 2018

Mai 68-Mai 2018 (13). Du dogmatisme à la foi


Une mutation analogue se produisait dans l'Église, sur le plan
social, en permanente action réciproque avec le débat et la mutation
théologiques.
Depuis quinze siècles, c'est-à-dire depuis l'édit de Milan de
Constantin en 313 et le décret de Théodose à Thessalonique en 380,
rendant le christianisme obligatoire, dernier recours pour essayer de
surmonter la crise de l'Empire romain, la liaison était demeurée
étroite entre l'Église et le pouvoir d'État. La « chrétienté », c'était,
en outre, le bloc constitué entre la religion chrétienne et la civilisation
occidentale.
Si la dissociation de la foi chrétienne et de la culture occidentale
commence à peine à s'opérer en 1979, la dissociation entre l'Église et
l'État a commencé à se dessiner dès le 19e siècle lorsque la chrétienté
fut disloquée par les « nationalités ». La dernière affirmation fracassante
du constantinisme fut celle du Concile du Vatican I en 1869.
Dès la fin du xixe siècle commencèrent les tentatives de créer une
« nouvelle chrétienté » dans une société officiellement séparée de
l'Église.

20 mars 2018

Mai 68-Mai 2018 (12). Les dialogues chrétiens-marxistes


1965, c'est la fin du Concile de Vatican II. 1966, c'est la Conférence
mondiale du Conseil oecuménique des Églises (sur le thème : « Église
et société ») qui va plus loin encore que Gaudium et Spes de
Vatican II, dans son ouverture au monde d'aujourd'hui.
Dans ce commencement de mutation de l'Église, l'impact du
marxisme comme mouvement et le dialogue avec les marxistes ont
joué un rôle déterminant.

17 mars 2018

Mai 68-Mai 2018 (11). Les églises et leur mission


Les Églises actuelles.
Les Églises et les religions peuvent-elles nous désigner des fins ou
nous aider à les découvrir ? C'est en principe leur mission de dire ce
qu'est Dieu et ce qu'est l'homme. Accomplissent-elles aujourd'hui
cette mission ? Sans doute le pourraient-elles si, au lieu d'utiliser un
dogmatisme aussi périmé que celui du scientisme qui le combat, elles
acceptaient de se mettre elles-mêmes en question, de reconnaître
leurs propres postulats et, par là même, de ne plus faire de la religion
une aliénation de la foi, pour reprendre une expression de Paul
Ricoeur.