23 octobre 2017

Hommage à Jacques Berque

Le Collège des Bernardins, l’Observatoire d’études géopolitiques et le Centre Maurice Hauriou de l’Université Paris Descartes ont organisé un colloque d’hommage sur le thème « Jacques Berque, artisan du dialogue des civilisations » au Collège des bernardins (Paris) le 5 octobre 2017. 

Ce colloque, qui a réuni une très nombreuse assistance d’universitaires, d’étudiants et de chercheurs, a porté sur la pensée politique et religieuse de Jacques Berque (1910 – 1995). Orientaliste, expert du monde arabe et de l’Islam, titulaire de la chaire d'histoire sociale de l'Islam contemporain au Collège de France de 1956 à 1981, Berque fut l’un des plus grands islamologues du XXe siècle et un penseur du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Les travaux ont permis de jeter la lumière sur l’œuvre de l’homme en tant qu’orientaliste distingué, spécialiste du monde arabe et savant de l’Islam mais également en tant que militant de la cause des peuples et défenseur des identités et des spécificités, mettant ainsi l’accent sur la diversité des centres d’intérêt de ce penseur considérable.

20 octobre 2017

Lénine philosophe: 1914-1923. Par Roger Garaudy

Résister à la campagne haineuse contre les "bolchéviques", Lénine, la révolution d'Octobre 17, campagne multipliant les livres d'historiens professionnels de l'anti-communisme primaire, les articles de presse et les émissions à la radio (la télévision faisant paradoxalement plutôt mieux...), tel est le but qu'à la mesure de ses moyens poursuit le blog. Nous publions aujourd'hui l'avant-dernier extrait du livre que Roger Garaudy consacra à Lénine aux Presses Universitaires de France.
Il est remarquable que jusqu'en 1914, Lénine ait conservé,
pour définir la dialectique, les conceptions de Kautsky,
alors que sa pratique révolutionnaire dépassait de très
loin ces conceptions et cette théorie de la dialectique. La
faillite de la IIE Internationale, aux premiers jours de la
guerre, incite Lénine à réfléchir sur les fondements théoriques
d'une aussi profonde trahison. Jusque-là Lénine
définissait la dialectique comme le faisait Kautsky, c'est-àdire
comme « la théorie de l'évolution » en y juxtaposant
curieusement, sans en indiquer le lien : « la théorie de la
relativité de la connaissance ».
En 1913 encore, dans son Karl Marx, destiné à L’Encyclopédie
Granat,
Lénine définissait la dialectique comme
théorie du développement sous sa forme la plus générale :
théorie de l'évolution de la nature entière et de l'histoire
de la connaissance. Lénine, qui ne pouvait s'appuyer sur
les oeuvres philosophiques de Marx (notamment les Manuscrits
de 1844
et le texte complet de l'Idéologie allemande,
que les dogmatiques « orthodoxes » de la IIe Internationale,
répétons-le, se gardaient bien de publier), révise et enrichit
sa conception antérieure de la dialectique en remontant
à la même source que Marx : la Logique de Hegel, qu'il
étudie passionnément en 1915. Qu'au coeur même de la
tourmente Lénine éprouve le besoin de consacrer plusieurs
mois à l'étude de Hegel, en la considérant comme une tâche
politique, cela montre l'importance capitale pour lui de
cette réflexion nouvelle sur la dialectique. On peut dater
avec précision ce moment décisif dans la pensée philosophique
de Lénine : le 4 janvier 1915, il écrit au secrétaire
de rédaction des Éditions Granat pour demander s'il est
« encore temps d'apporter (à son Karl Marx) quelques corrections
à la section sur la dialectique », question sur
laquelle, dit-il, il travaille depuis quelques semaines.
En lisant les Cahiers philosophiques (qui avaient été
exclus du temps de Staline, des Oeuvres complètes de Lénine,
tout comme les Manuscrits de 1844 des OEuvres de Marx,
parce qu'ils étaient incompatibles avec une interprétation
dogmatique du marxisme), il est possible de définir quel
genre de « corrections » Lénine désirait apporter. Dans le
déchaînement des contradictions de la guerre, et au moment
où la faillite de la IIe Internationale montre comment la
lutte pour le socialisme se transforme en son contraire,
Lénine éprouve le besoin de repenser fondamentalement le
concept de la dialectique qui ne peut être simplement cette
théorie de l'évolution qui conduit Kautsky à l'opportunisme
et à la trahison. Le premier point sur lequel porte
cette nécessaire révision, c'est une détermination plus
complexe des rapports de la pensée et de son objet, pour
exclure toute interprétation mécaniste et fataliste de la
théorie du reflet.

16 octobre 2017

Hommage à Khadafi le 20 octobre à Paris


HOMMAGE A MOUAMMAR KADHAFI
GUIDE DE LA JAMAHIRIYA LIBYENNE 
 A l’occasion du sixième anniversaire de la mort du dirigeant libyen et africain, Mouammar Kadhafi, nous rendons hommage à sa personnalité, sa figure historique et nous attirons l’attention des peuples du monde sur le fait que la conspiration internationale menée par l’impérialisme international et le sionisme mondial, visant à éliminer tous les progressistes et combattants pour la liberté, la justice et la véritable égalité dans le monde, est devenue de jour en jour, plus claire et fait de Kadhafi et de tous les combattants internationaux des héros historiques inscrits en or dans le registre de l’histoire de l’humanité et dans la mémoire des peuples

14 octobre 2017

Lénine philosophe (suite): 1905-1914. Par Roger Garaudy

IL Y A 100 ANS LA REVOLUTION D'OCTOBRE EN RUSSIE

Le grand fait nouveau, en 1905, c'est la prodigieuse initiative
historique des masses russes au cours de leur première
révolution. Lénine souligne à plusieurs reprises que
cette révolution a un caractère spontané. Or, ce prolétariat
russe est allé plus loin dans l'action que les théoriciens les
plus avancés : loin de rester dans les limites de la conscience
« trade-unioniste », il a créé une forme nouvelle d'État :
le Soviet, et c'est à partir de cette expérience que Lénine
élaborera la théorie concrète de la doctrine du prolétariat
dans L'État et la Révolution. Il en avait été ainsi pour
Marx qui n'avait pas la prétention de déduire les formes
que prendra la révolte avant que celle-ci n'ait éclaté.
Observateur et analyste passionné de tous les modes d'organisation
spontanée du prolétariat : syndicats, chartisme,
Commune de Paris, Marx n'a complété le Manifeste
communiste , qui restait évasif sur la forme de l'État
prolétarien, qu'après l'initiative historique du peuple de
Paris, créant la Commune.
Lénine procède ainsi. Il note d'abord que la grève
commencée le 3 janvier 1905 aux usines Poutilov de
Pétersbourg, point de départ de la révolution, « fut tout
à fait spontanée », et qu'aussitôt « le mouvement a
revêtu un caractère politique ». « La transition extrêmement
rapide du mouvement, d'une base purement économique
à une base politique... en dépit du manque (ou de
l'insignifiance) de l'action social-démocrate consciente,
voilà ce qui saute aux yeux ».
Lénine, loin de spéculer à partir de schémas élaborés
dans d'autres situations , prend pour base de sa réflexion
théorique « l'histoire, dont les masses ouvrières étaient les
artisans sans la social-démocratie » .
A partir de l'initiative historique des masses dans la
Révolution de 1905, Lénine apporte de nouveaux développements
théoriques à la conception du Parti et à celle de
la Révolution, qui ne contredisent pas les thèses de Que
faire ?, mais qui les intègrent dans un ensemble plus vaste,
qui les dépasse et exclut les interprétations dogmatiques
et unilatérales. Il ne s'agit pas de revenir à la spontanéité
contre la conscience, mais de donner à l'initiative spontanée
sa juste place et, par là même, de mieux définir le rôle
de la conscience, dans son rapport dialectique avec l'initiative
spontanée.

7 octobre 2017

Lénine philosophe (suite): de 1894 à 1905. Par Roger Garaudy

[NDLR: NOUS POURSUIVONS LA PUBLICATION DE LARGES EXTRAITS DU LIVRE DE ROGER GARAUDY SUR LENINE PHILOSOPHE. CETTE PUBLICATION TOMBE "A PIC" AU MOMENT OU UNE SERIE D'OUVRAGES D'IDEOLOGUES DE  L'ANTI-COMMUNISME VISCERAL PRESENTE LENINE COMME UN AFFREUX DICTATEUR, LES COMMUNISTES COMME DES BOURREAUX, LA REVOLUTION D'OCTOBRE 1917 COMME L'ABOMINATION DE L'HISTOIRE]

Lénine écrit ses premières oeuvres au moment où meurt
Frédéric Engels. Sur le plan international, le marxisme
« orthodoxe » est représenté par Kautsky, théoricien dont
l'autorité est incontestée dans la IIe Internationale.
En 1880, il a publié un petit ouvrage sur la démographie et
le progrès social où, appliquant mécaniquement le darwinisme
à la sociologie, il transforme la dialectique révolutionnaire
de Marx en une métaphysique de l'évolution.
L'ouvrage fondamental de Kautsky : La doctrine économique
de Marx (1887), qui eut un immense succès, est le
prototype des ouvrages de vulgarisation dogmatique du
marxisme. C'est une réduction positiviste de la pensée de
Marx à des lois économiques. Toute réflexion sur le fondement
philosophique est exclue. Le marxisme est présenté
comme une vérité achevée, à la manière d'un catéchisme.
L'idée maîtresse de l'oeuvre, c'est que le déterminisme
structurel du capitalisme est tel que le système s'achemine
inévitablement et automatiquement à sa perte.
Cette conception de l'automatisme, de la nécessité mécanique,
est le fondement théorique de l'opportunisme. Tout
en élevant « une protestation implacable » contre le régime
politique et social existant, la doctrine de Kautsky justifiait
la passivité, puisque le socialisme devait naître d'une
évolution inéluctable. II suffisait de s'organiser et d'attendre.
Ces conséquences furent longtemps masquées, chez Kautsky,
par son exceptionnelle « érudition » marxiste (il
connaît Marx et Engels par coeur, dira Lénine), par sa
très grande culture et son talent littéraire d'exposition,
par ses études historiques et statistiques remarquablement
informées : la perversion fondamentale du marxisme
ne pouvait apparaître qu'au moment où, une situation
révolutionnaire se présentant, il fallait passer delà connaissance
à l'action. Jusque-là, les analyses « descriptives »
du développement capitaliste de l'agriculture, par exemple,
pouvaient être fort riches. C'est pourquoi le détachement de
Lénine à l'égard de Kautsky s'opérera en deux temps :
d'abord dans la période qui a suivi la Révolution de 1905
où Kautsky, après une analyse théorique juste de cette
révolution (à laquelle il n'avait pas eu à participer), commença
à soutenir les courants menchevicks, et surtout au
moment de la guerre de 1914, où la théorie de l'automatisme
révéla toute sa malfaisance opportuniste et conduisit
Kautsky à justifier le chauvinisme d'abord, puis toutes les
forces hostiles à la Révolution socialiste d'Octobre, sous prétexte
que la Russie n'était pas « mûre pour le socialisme ».
Mais, dans un premier temps, et surtout jusqu'en 1905,
Lénine s'appuya sur l'oeuvre de Kautsky pour combattre,
en Russie, les idéologies rétrogrades empêchant la prise de
conscience, par le prolétariat, de sa mission historique.

3 octobre 2017

Lénine philosophe, par Roger Garaudy. Introduction

A l'occasion du centenaire de la Révolution d'Octobre 1917 en Russie, nous publions pendant le mois de larges extraits du livre de Roger Garaudy sur Lénine

La vie de Lénine est celle d'un militant.
Le problème central de sa philosophie est celui d'un
militant : élaborer une méthodologie de l'initiative historique.
C'est pourquoi il redécouvre l'âme vivante du
marxisme, la conception du monde qui fonde cette méthodologie,
selon l'enseignement majeur de Marx : « Les philosophes
n'ont fait jusqu'ici qu'interpréter le monde de
différentes manières, mais il s'agit de le transformer. »
Ce qui domine toutes les recherches de Lénine, c'est la
conscience de l'approche, puis de la réalisation de la révolution.
Pour Lénine, écrivait Lukacs, « la révolution prolétarienne
n'est plus désormais seulement un horizon de
l'histoire universelle... la révolution est déjà devenue une
question à l'ordre du jour du mouvement ouvrier ».
Dans cette perspective, la tâche du militant est à la fois
d'analyser concrètement les conditions objectives du développement
historique de son pays et de son temps : c'est à
quoi répondent les recherches économiques de Lénine,
depuis 1894 jusqu'à sa mort, et de forger pratiquement
l'instrument de combat qui permettra d'intervenir efficacement
dans ce développement : c'est à quoi répond, chez
Lénine, la construction d'un Parti de type nouveau,
capable d'apporter l'élément subjectif indispensable pour
accomplir une révolution :
« Pour un marxiste, écrit Lénine, il est hors de doute
que la révolution est impossible sans une situation révolutionnaire,
mais toute situation révolutionnaire n'aboutit
pas à la révolution...
 « La révolution ne surgit pas de toute situation révolutionnaire,
mais seulement dans le cas où, à tous les
changements objectifs..., vient s'ajouter un changement
subjectif, à savoir : la capacité, en ce qui concerne la classe
révolutionnaire, de mener des actions révolutionnaires de
masse assez vigoureuses pour briser... l'Ancien Régime,
qui ne « tombera » jamais, même à l'époque des crises, si
on ne le fait choir.
« Telle est la conception marxiste de la révolution... ».
Les recherches philosophiques de Lénine sont animées
par cette double préoccupation du militant révolutionnaire:
analyser scientifiquement les changements objectifs,
ce qui implique une théorie de la connaissance ;
forger le Parti capable de réaliser les changements subjectifs,
ce qui implique une théorie de l'initiative historique.
La théorie de la connaissance, capable de fonder une
méthodologie des sciences humaines, notamment en économie
politique et en sociologie, était déjà, pour l'essentiel,
élaborée par Marx : « Marx ne nous a pas laissé de « Logique
» (avec un grand L), mais il nous a laissé la « logique »
du Capital... Dans le Capital, c'est à une seule science que
Marx applique la logique, la dialectique et la théorie de la
connaissance du matérialisme... prenant chez Hegel tout
ce qui a de la valeur et le développant ».
Lénine, en ce domaine, applique à la critique des doctrines
de son temps et à l'analyse des réalités de son temps,
cette méthode à la fois matérialiste et dialectique : de sa
critique de 1894 de la sociologie subjective des populistes,
à son analyse de la dialectique du capitalisme parvenu à
l'étape impérialiste en 1916, de sa critique des interprétations
idéalistes de la « crise » de la physique en 1909, à son
élaboration théorique des principes philosophiques d'une
pensée révolutionnaire sur la « transformation de l'idéal
en réel » dans ses Cahiers philosophiques de 1915.
A cette étape dernière du développement de sa pensée,
les recherches philosophiques de Lénine atteignent leur
point culminant, le centre d'où l'on peut ressaisir synthétiquement
son apport propre et original. Marx avait posé
les principes d'une théorie dialectique de la connaissance
et Lénine, mettant fin au long règne du positivisme,
caractéristique du marxisme dit « orthodoxe » de Kautsky,
a retrouvé l'inspiration fondamentale de Marx à partir
de sa propre expérience militante : le fait est d'autant plus
remarquable que Lénine n'avait pu connaître qu'une
faible partie de l'oeuvre philosophique de Marx, puisque
les théoriciens « orthodoxes » de la II e Internationale
avaient gardé sous le boisseau, sans les publier, les
Manuscrits de 1844 et le texte complet de VIdéologie
allemande.
La réflexion sur les causes idéologiques de la faillite de
la II e Internationale en 1914 conduira Lénine aux sources
mêmes de la pensée philosophique de Marx, à une nouvelle
assimilation critique, dans une perspective matérialiste,
de la dialectique de Hegel. Lénine apportera alors une
contribution originale non seulement au développement
de la théorie de la connaissance de Marx, mais surtout à
l'élaboration d'une théorie de la subjectivité révolutionnaire
que Marx ne pouvait élaborer faute de cette base
expérimentale indispensable : la création d'un Parti capable
de donner l'assaut au capital et de commencer la construction
du socialisme.
L'oeuvre philosophique de Lénine se développe au même
rythme que son activité révolutionnaire et l'on peut y
discerner trois étapes principales :

1° De 1894 à 1905 : la mise en oeuvre du matérialisme et
de la dialectique dans la critique de la sociologie subjective
des populistes et de leur faux socialisme (Ce que sont
les amis du peuple, 1894), dans l'analyse concrète de la
réalité russe (Le développement du capitalisme en Russie,
1896-1899), dans la première élaboration d'une théorie
du Parti (Que faire ?, 1902).
A cette étape, l'influence du « marxisme orthodoxe »
de Kautsky et, en Russie, de Plekhanov, est considérable
sur Lénine, bien qu'il commence à échapper à leur dogmatisme
par son souci de coller à la réalité concrète des structures
sociales de la Russie, et aux formes propres du mouvement
révolutionnaire russe.

2° De 1905 à 1914 : l'expérience de base de la réflexion
philosophique de Lénine, c'est « l'initiative historique »
des travailleurs russes dans la Révolution de 1905. (Voir
notamment : Deux tactiques de la social-démocratie dans
la révolution démocratique, 1905 ; L a réorganisation du
Parti, 1905 ; La révolution russe et les tâches du prolétariat,
1906 ; Les études sur le programme agraire du Parti et
sa révision en 1906 et 1907.) Devant le fléchissement idéologique
d'intellectuels hésitants, tentés par les compromis
théoriques et l'éclectisme philosophique, Lénine publie
en 1909, Matérialisme et empiriocriticisme, sur l'interprétation
matérialiste et dialectique du développement des
sciences contemporaines.
Puis, dans une lutte acharnée contre tous les courants
hostiles à la construction d'un véritable Parti révolutionnaire,
Lénine mène de pair le travail d'organisation et la
réflexion théorique sur Les destinées historiques du marxisme
(1913), Les trois sources et les trois parties constitutives du
marxisme (1913), Marxisme et réformisme (1913), et la
préparation du Karl Marx pour L’Encyclopédie Granat. La
rupture est de plus en plus marquée avec le dogmatisme
de Kautsky et de Plekhanov qui les conduit à une
rupture avec la réalité, et à l'opportunisme.

3° De 1914 à 1924, l'expérience de base est celle de la
faillite de la social-démocratie lors de la guerre, celle de la
victoire de la Révolution d'Octobre et des débuts de la
construction du socialisme. Le point de départ est ici une
réflexion profonde sur les fondements théoriques de l'opportunisme
et de la pensée révolutionnaire, qui s'exprime dans
la principale oeuvre philosophique de Lénine, ses Cahiers
philosophiques (1915), au centre desquels se trouve une
réélaboration de l a dialectique de Hegel. Une dialectique
matérialiste est mise en oeuvre concrètement dans les
Cahiers économiques d'où sortira, en 1916, L'impérialisme,
stade suprême du capitalisme, ouvrage économique fondamental
de Lénine, digne prolongement, à une étape nouvelle
de l'histoire, du Capital de Marx. Elle est mise en
oeuvre aussi dans l'ouvrage sociologique fondamental de
Lénine : L'État et la Révolution, dont la rédaction est
interrompue par la Révolution de Février 1917. Une illustration
saisissante de l'union de la théorie et de la
pratique est donnée par le passage de l'étude de L'État
et la Révolution à l'acte politique décisif des Thèses
d'Avril (1917), qui formulait le programme du passage
de la révolution bourgeoise démocratique à la révolution
socialiste.
Jusqu'à sa mort, désormais, Lénine ne cessera de mettre
toujours plus fortement l'accent sur le rôle de l'élément
subjectif dans la lutte révolutionnaire et la construction
du socialisme : La grande i n i t i a t i v e (1919), dégageant, à
une étape nouvelle, une forme inédite de l'initiative historique;
La maladie infantile du communisme (1920), dirigée
contre le gauchisme dogmatique et sectaire ; Le matérialisme
militant (1922), proposant « une étude systématique
de la dialectique de Hegel du point de vue matérialiste ».
Ses derniers écrits, en 1923 (De la coopération, A propos
de notre révolution, Comment réorganiser l'inspection ouvrière
et paysanne, Mieux vaut moins mais mieux) , définissent
concrètement les conditions d'une démocratie socialiste
et d'un véritable humanisme socialiste : faire de
chaque homme un centre d'initiative, de responsabilité,
de création historique.


Roger Garaudy
Lénine, PUF, 1968, pages 9 à 13
A SUIVRE

___________________________________________________________

SELECTION D'ARTICLES

Archives Garaudy PDF sur Calameo

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy