17 janvier 2017

Lettre à Georges Montaron (1989)



ROGER GARAUDY
Chennevières/Marne le 5 juin 1989


J'ai lu avec joie, dans le dernier numéro de "Témoignage
Chrétien " 1’article que vous consacrez au bouleversant livre de Jean Toulat sur Dom Helder Camara.
Mais j'ai été étonné que vous n’ayiez pas mentionné le fait que Jean Toulat venait de présider, à 1'U.N.E.S.C.0., la rencontre entre Dom Helder Camara et moi-même, devant une salle comble et qui nous fit à tous trois ovation pour notre participation commune à la lutte contre 1'esprit de croisade envers 1'Islam qu'entretiennent les "médias".
Je sais que ce jour-là vous fêtiez la sortie du beau livre de [Maurice] Terrenoire sur la Palestine, une question qui me tient à coeur (vous le savez si vous avez lu mon livre: "Palestine, terre des messages divins"). Mais nous nous sommes étonné, Jean Toulat, Dom Helder Camara ,le Père Lelong,et moi-même qu'aucun rédacteur de T.C. n'ait assisté à cette rencontre, au moins après la réception en 1'honneur de Terrenoire.

Pourquoi ?
Je sais que Monsieur José de Broucker allait, ce soir-là, répétant que "Dom Helder a été piégé !"
Lorsque j'ai organisé à Cordoue le Colloque abrahamique pour réfléchir à ce que peuvent faire ensemble les hommes de foi (chrétiens,juifs ou musulmans) Dom Helder est venu coprésider, comme je le lui avais demandé, avec Mr M Bow.
Cette fois-ci venant de publier " Mon Tour du siècle en solitaire" où, contre vents et marées(et surtout contre la "marée noire" de 1'Islam: l'Arabie Saoudite),je m'efforce de restaurer, dans 1'Islam dévoyé par ses princes et ses "oulémas", la dimension «christique» présente dans le Coran, et vivante chez les plus grands "soufis", j'ai demandé à Dom Helder de venir amplifier ce cri.
Il a accepté, sur ma demande, de faire le détour à Paris. Les jours précédant sa venue, nous étions 1’un et 1'autre à Assise, où l'Abbé Pierre nous avait tous deux invités pour le quarantième anniversaire d'Emmaüs.
J'ai pu pendant trois jours lui expliquer le but, dans cette atmosphère de Croisade, de notre commun appel, que Jean Toulat, dans sa présentation à 1’U.N.E.S.C.O., a magnifiquement précisé.

Alors, pourquoi ce silence ?
Suis-je devenu une bête puante depuis qu'un espion-faussaire du "Globe" relayant Bernard-Henri Lévy, veut me faire passer pour un antisémite et un agent de Khomeiny ?
Le 1er mai 1989, dans "L'Evénement du jeudi" (parce que "Le Monde" et 1’A.F.P. avaient refusé de le publier) j'expliquais pourquoi "je condamne sans réserve" 1'appel de Khomeiny ["condamnant" à mort  l'écrivain Salman Rushdie-NDLR], qui est en contradiction radicale avec le Coran. Je me permets de vous rappeler qu'une telle prise de position me valait (comme à un écrivain marocain) la condamnation à mort par Khomeiny. Qu'importe ! L’espion-faussaire du "Globe" écrit: "Vendus à Khomeiny" !...
Vendu ! Alors que même le faux publié par le "Globe" est obligé de reconnaître , même en tronquant mes propos , qu'aux propositions financières je réponds: (p.67 ): "Je ne
fais les choses que quand j'y crois. Pas question d'argent."
Ma vie entière en est témoin.

Ceci n'a pas empêché :
1 ) Que la "Croix" répercute les mensonges du "Globe" et ne passe pas mon démenti (seule 1' «Humanité» du 17 mai 89 1'a fait (texte ci-joint).
2) Que la "Vie catholique" qui, grâce à Georges Hourdin, m'avait promis de passer en "Carte blanche" un article sur "Qu'est-ce que 1'Islam ?" ne 1'a pas passé.
3 ) Que José de Brouker, qui avait reçu le texte de mon entretien à Saint Wandrille avec 1’Abbé Pierre sur mon livre(Texte lu en intoduction par Jean Toulat à 1'U.N.E.S.C.O.), 1'a éludé pour son mensuel.
Michel Lelong que j'ai informé, était atterré, lui aussi , par cette (sic) "malhonnêteté d'une certaine presse catholique" qui passe le mensonge et non le démenti.

J'ose espérer que "Témoignage Chrétien" n'entre pas dans un tel jeu.
Voici donc quelques éléments de jugements sur cette affaire:
l°) Ma condamnation de 1'Appel de Khomeiny (parue dans «L’Evènement» du 1er mai après "El Païs" de Madrid qui 1'a
publiée un mois avant.
2°) Le «droit de réponse» que j'ai demandé à Pauwels contre le mensonge de Bernard Henri Lévy.
3°) Le démenti publié par «1’Humanité» du 17 mai 89.

Je pars aujourd'hui même pour Toulouse (où, avec le Père Cardonnel, comme nous 1'avions fait à Lyon avec lui, nous aurons une rencontre du genre de celle de 1' U.N.E.S.C.O.
avec Dom Helder) mais à mon retour à Paris, je serais heureux de vous rencontrer (entre le 13 et le 16 juin) et, si vous le voulez, avec Jean Toulat et Michel Lelong.

Fraternellement.
Roger GARAUDY

16 janvier 2017

La dictature scientiste

CONTRE LA DICTATURE SCIENTISTE ET LES MYSTIFICATIONS IDÉOLOGIQUES DE L’OPINION PUBLIQUE PAR DES EXPERTS OFFICIELS. LES SOCIÉTÉS CIVILES DOIVENT AVOIR DROIT DE REGARD SUR L’ACTION DES SPÉCIALISTES OFFICIELS.


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Sens et non-sens



Lurçat. Salamina. Gouache (1958)

Le problème central [...]  est celui de l'unité du monde. C'est un monde interdépendant, et un monde cassé. Contradiction mortelle.
Interdépendant, car lorsqu'il est militairement possible à partir de n'importe quelle base d'atteindre n'importe quelle cible ; lorsqu'un krach boursier à Londres, à Tokyo ou à New-
York entraîne crise et chômage en tous les points du monde ; lorsque par télévision et satellite toutes les formes de culture ou d'inculture sont présentes sur tous les continents, aucun problème ne peut être résolu de façon isolée et indépendante ni à l'échelle d'une nation, ni même à celle d'un continent.
Cassé parce que, du point de vue économique (selon le rapport du Programme de développement des Nations Unies de 1992) 80 % des ressources de la planète sont contrôlées et consommées par 20 %. Cette croissance du monde occidental coûte au monde, par la malnutrition ou la faim, l'équivalent de morts de un Hiroshima tous les deux jours.

Trois problèmes majeurs semblent à l'heure actuelle insolubles: celui de la faim, celui du chômage, celui de l'immigration.
Les trois n'en font-ils pas qu'un ? Tant que 3 milliards d'êtres humains sur cinq milliards demeurent insolvables, peut-on parler d'un marché mondial ? ou d'un marché entre
occidentaux correspondant à leurs besoins et à leur culture et exportant dans le Tiers-monde leurs surplus ? Faut-il admettre l'inéluctabilité de ce déséquilibre et accepter cette réalité qui engendre les exclusions, les violences, les nationalismes, les intégrismes, sans remettre en question les fondements de l'actuel désordre ?

Une époque historique est en train de mourir : celle qui fut dominée, depuis 5 siècles, par l'Occident (le pays où le soleil se couche, selon l'étymologie). Une autre est en train de naître, du côté où le soleil se lève : l'Orient.
Le cycle, commencé a la renaissance, arrivait, par la logique de son développement, à son terme, par la domination d'un seul, comme il advint de tous les pillards : de l'empire romain
à celui de Napoléon ou d'Hitler, de celui de Charles Quint ou de l'empire britannique qui, tous, crurent invincibles leurs armadas et éternelles leurs hégémonies.
Aujourd'hui, seuls les géopoliticiens des services spéciaux américains et de leurs maîtres, peuvent essayer de nous masquer la réalité profonde de cette fin de millénaire : nous
sommes témoins de la décadence et de l'agonie du dernier empire

Comment se caractérise, objectivement, cette décadence ? L'événement le plus significatif […] ce n'est pas l'implosion de l'Union Soviétique, caricature de socialisme et du marxisme, c'est la faillite du capitalisme après une domination d'un demi millénaire sur un monde qu'il conduit aujourd'hui, si l'on n'en stoppe la course à la mort, vers un suicide planétaire.
Pourquoi ?
Parce que le capital, amassé d'abord par cinq siècles de brigandage colonial, puis limité aux investissements dans les pays surindustrialisés de la vieille Europe, même en y créant, par la publicité et le marketing, les besoins les plus artificiels, et les plus nocifs, ce capital, créateur à ses origines en s'investissant dans des entreprises de production ou de services réels, est devenu un capital spéculatif, c'est à dire purement parasitaire.
L'argent ne sert plus à créer des marchandises mais a créer de l'argent.
Maurice Allais (Prix Nobel d'économie) se fondant sur les données de la Banque internationale pour le développement, a montré que les flux financiers correspondant à des spéculations
boursières sur les devises, les matières premières ou les produits dérivés (assurance sur les risques spéculatifs), sont aujourd'hui quarante fois supérieurs aux investissements et
aux transactions correspondant à l'économie réelle, c'est-à-dire à la production des marchandises ou des services. En langage simple : l'on gagne ainsi (à condition d'en avoir les cautions bancaires ou les moyens financiers) 40 fois plus à spéculer qu'à travailler.
Il ne saurait y avoir de meilleur critère objectif de la décadence que celui-là : le travail créateur ne sert plus au développement de l'homme, de tous les hommes, mais au gonflement d'une bulle financière pour une infime minorité qui n'a plus d'autre finalité que l'accroissement de cette bulle.

Les problèmes du sens du travail, de la création, de la vie, ne s'y posent plus.
Le sens même des mots se trouve perverti.
L'on continue d'appeler progrès une aveugle dérive, conduisant à la destruction
de la nature et des hommes.
L'on appelle démocratie la plus redoutable rupture qu'ait connu l'histoire entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas.
L'on appelle liberté un système qui, sous prétexte de libre échange et de liberté du marché, permet aux plus forts d'imposer la plus inhumaine des dictatures : celle qui leur permet de
dévorer les plus faibles.
L'on appelle mondialisation non pas un mouvement qui, par une participation de toutes les cultures, conduirait à une unité symphonique du monde, mais au contraire à une division
croissante entre le Nord et le Sud découlant d'une unité impériale et niveleuse, détruisant la diversité des civilisations et de leurs apports pour imposer l'inculture des prétendants à la
maîtrise de la planète1.
L'on appelle développement une croissance économique sans fin produisant de plus en plus vite n'importe quoi : utile, inutile, nuisible ou même mortel, comme les armements ou la
drogue, et non pas le développement des possibilités humaines, créatrices, de l'homme et de tout homme.

Dans un tel non-sens s'impliquent mutuellement le chômage des uns qui ne peuvent plus produire parce que les deux tiers du monde ne peuvent plus consommer, même pour leur survie.
L'immigration des plus démunis est le passage du monde de la faim à celui du chômage et de l'exclusion.
L'erreur d'aiguillage fut commise il y a cinq siècles lorsqu'avec la faim de l'or et l'ivresse de la technique pour la technique, pour la domination de la nature et des hommes, est née
une vie sans but, une véritable religion des moyens qui arrive aujourd'hui à son terme : le monothéisme du marché, générant une polarisation croissante de la richesse spéculative, sinon
maffieuse, d'une minorité, et de la misère des multitudes.

Roger Garaudy. L’avenir mode d’emploi, pages 7 à 10

14 janvier 2017

Gaston Bachelard


Entre 1951 et 1955, Roger Garaudy est en vacance parlementaire du fait de la nouvelle loi électorale anti-démocratique votée par les socialistes, les radicaux et les républicains-populaires (le tout formant la ci-devant "troisième force"), loi dite des "Apparentements" et destinée à écarter le plus grand nombre possible d'élus communistes et gaullistes. Non réélu dans le Tarn il profite de ce congé pour soutenir une thèse sur la théorie de la connaissance chez Helvétius - Contribution à la théorie matérialiste de la connaissance - thèse pour le doctorat ès-lettres présentée à la faculté des Lettres de l'Université de Paris, éditée aux Presses universitaires de France en 1953  . Gaston Bachelard est alors son directeur de thèse. Garaudy ne manquera jamais aux détours de plusieurs livres de lui rendre hommage. Dans un document de travail (non daté), Roger Garaudy écrit:
En philosophie, le premier qui traça les grandes lignes de ce "nouvel esprit scientifique" (1937), de cette théorie de la connaissance fondée sur 1'acte après le séisme qui avait fait s'effondrer tous les cadres de notre vision traditionnelle de 1'Etre, fut Gaston BACHELARD: "épistémologie non-cartésienne", "géométrie non-euclidienne", "physique non newtonnienne", "chimie non-lavoisienne", mettant en évidence 1'acte de 1'homme, dans la connaissance de 1'objet.
Sa patiente exploration parallèle de 1'acte de création poétique tendait à rapprocher toujours davantage 1'acte d'invention scientifique et 1'acte de création artistique.
Avec BACHELARD les intuitions de KANT et de FICHTE sur "1'imagination constituante" se trouvaient confortées par la science et 1'art du XX ème siècle.
Le "fait" n’était plus le "déjà là", la donnée extérieure à 1'homme, mais ce qui avait été fait par pensées et mains d'hommes.
Lire aussi:  http://rogergaraudy.blogspot.fr/2015/07/gaston-bachelard-lettre-roger-garaudy.html

13 janvier 2017

Chercheur d'absolu



Léon Belly. Pèlerins allant à La Mecque
1861 (détail)

Si le Christ revenait dans le métro, il aurait maille à partir avec les policiers étant donné son faciès de Bédouin.



Pour m'exprimer, je préfère l'écrit à la parole. Écrire évite les répétitions. La parole dit trop ou formule une idée incomplète. Les gens se perdent en phrases inutiles, farcies de clichés, de mots impropres. La plume supprime le verbiage. Rayer un mot, en ajouter un autre, c'est composer un mécanisme d'horlogerie cérébrale, un puzzle. Le travail de ratures, de filtrage, est une sorte de graduel vers l'épure.



Cette éternelle division entre Matière et Esprit doit cesser, comme cette idée trop répandue que le scientifique est le premier adepte de cette césure. La Matière est animée par l'Esprit. La montée de la vie et celle de l'esprit sont liées. Certains individus sont porteurs d'espoir. Quelques consciences sont capables de résister à la tradition guerrière. Une poignée de résistants ne se laissent pas domestiquer par la mise en condition générale. Les contestataires, même s'ils sont une goutte d'eau dans la mer, touchent les gens, ouvrent des esprits. Il est bon de réveiller un peu nos contemporains. Car, spontanément, ces derniersne sont malheureusement pas près du réveil. Il faut interpeller ceux qui ne sont pas les décideurs.

L'aventure humaine ne doit pas échouer. Pensons aux propriétés rédemptrices de l'évolution. L'homme n'est pas linéaire, mais tout en déploiement, en ramifications. C'est un arbre.




On pressent, ici et là, une faim de spiritualité, qui permet d'ailleurs aux sectes de faire leurs proies des êtres faibles. L'Eglise catholique n'a pas saisi à temps cette quête spirituelle. Les princes du clergé, au lieu de continuer leur théâtralité dorée, auraient dû s'orienter vers le chemin de saint François d'Assise, du Christ en actes.




ThéodoreMonod
Extraits de « Le Chercheur d’absolu » (Le Cherche Midi éditeur, 1997) et de "Pèlerin du Désert" (La Table Ronde, 1999)

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SELECTION D'ARTICLES

Archives Garaudy PDF sur Calameo

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy