3 août 2015

1ère Elégie de Duino



de Rainer Maria Rilke (Extrait)

Il est étrange, sans doute, de ne plus habiter la terre ;
de ne plus suivre ces coutumes, qu’on vient d’apprendre à peine ;
et de ne plus donner aux roses, à d’autres choses en promesse,
la signification du devenir humain ; de n’être plus
ce qu’on avait été dans l’angoisse infinie des mains,
et puis d’abandonner jusqu’à son propre nom, tel un jouet brisé.
Etrange, de ne désirer plus les désirs. 
Etrange, de voir tout ce que des rapports tenaient lié ensemble,
flottant si librement dans l’espace.
Etre mort est un état pénible et plein de recommencements,
jusqu’à ce qu’on parvienne et qu’on pénètre un peu
l’éternité. Mais les vivants, tous commettent la faute
de faire trop grandes leurs différences.
Les Anges (dit-on) souvent ne savent pas s’ils passent
parmi des vivants ou des morts. Le courant de l’éternité
à travers les deux règnes entraîne tous les âges
avec moi, toujours, et les confond chacun

Ils n’ont donc plus besoin de nous, ceux qu’enleva la mort précoce :
doucement du terrestre on se déshabitue, ainsi que doucement on passe l’âge
où l’on a besoin du sein de la mère. Mais nous, à qui sont nécessaires
d’aussi graves secrets, nous pour qui le bienheureux progrès
naît si souvent du deuil : - pourrions-nous exister sans eux ?

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy