7 février 2018

Mai 68-mai 2018 (1). Vivre autrement. Par Roger Garaudy

2018: le cinquantenaire de mai 1968. Nous publions en "feuilleton" une partie du livre de Roger Garaudy Appel aux vivants, qui date de 1979, qui bénéficie donc outre la hauteur de vue habituelle de l'auteur d'un recul de 10 années, hauteur et recul qui permettent de mieux faire comprendre ce que furent les enjeux de cette période et comment leur non-résolution pèse sur la France, l'Europe et le monde de 2018. Nous ne commémorons pas, nous donnons à voir un passé récent pour en tirer des leçons - en positif ou en négatif - pour l'avenir, l'avenir qui n'est pas comme aimait à le dire Garaudy "ce qui sera" mais "ce que nous ferons". AR

… L'avenir se fait aujourd'hui sans vous. C'est vrai. Et s'il existait une possibilité qu'il ne se fasse pas contre vous ? Qu'il se fasse même avec vous?
Je ne suis pas de ceux qui disent : l'homme est mort. L'homme
n'existe pas encore. Voulez-vous que nous essayions de le faire
exister? Que nous essayions d'exister. C'est-à-dire de n'être pas un anneau dans une chaîne de causes et d'effets, mais des êtres en naissance, d'où émergent à chaque instant, avec un but plus clair, des forces plus vivaces.
Contre une économie de la richesse qui engendre la pauvreté,
contre cette vie pauvre faite de politique pauvre, d'amour pauvre, d'art pauvre, de science pauvre et de religion pauvre, tenterons-nous de créer une manière plus riche de vivre ?
Vous n'aimez pas les paris stupides? Moi non plus. Mais nous n'avons pas le choix : la foi ou le néant. La seule foi nécessaire, au départ, c'est d'espérer que l'homme reste
à faire.
Peut-on vivre autrement ? En se posant les vrais « pourquoi » ? Et d'abord : pourquoi ne pouvons-nous pas vivre autrement ? Vivre autrement. C'est de cela qu'il s'agit. Rien de plus. Rien de moins. Vivre autrement.
Je n'écris ces choses qu'inspiré par la certitude qu'exister, désormais, est un défi permanent aux actuelles dérives historiques, un défi qui ne peut être victorieux, que si nous parvenons à établir de nouveaux rapports avec la nature en consacrant l'essentiel de la recherche à l'utilisation du flot pratiquement inépuisable de l'énergie solaire, et en ne créant plus des besoins artificiels et les plus criminels gaspillages en fonction des exigences non humaines du marché et de la guerre ; que si nous parvenons à établir de nouveaux rapports entre l'homme et l'homme qui n'oscillent plus entre un individualisme de jungle et un totalitarisme de termitière, et à retrouver le rapport proprement humain de la communauté ; que si nous parvenons à établir un nouveau rapport avec le divin qui redécouvre la dimension de la transcendance, la possibilité permanente de rupture avec le passé et le présent, au-delà de l'abandon aux errements catastrophiques et aveugles d'un développement d'où l'homme est absent.
A chaque étape, il sera demandé un choix. Pas seulement un choix intellectuel. Un acte de foi, c'est-à-dire un choix engageant dans une expérience où chacun met comme enjeu la totalité de sa vie.
A ces interrogations vitales il n'existe pas de réponse toute faite.
— Ni celle des partis politiques.
— Ni celle des sciences et des techniques.
— Ni celle des Églises.

Roger Garaudy, Extrait du chapitre 3 de l' Appel aux vivants publié en 1979, prix des Deux Magots 1980, pages 23 à 65            A SUIVRE ICI