28 janvier 2018

Communistes: l'espérance d'un amour

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Madeleine Delbrêl (1904-1964), poète, assistante sociale et mystique.
L’envergure de «l’idée communiste», telle que Marx l’a esquissée, la construction de «l’homme nouveau», à la différence des chrétiens engagés dans le dialogue «de fond» avec des communistes comme Roger Garaudy, Gilbert Mury ou André Moine, cette problématique philosophique, ou politique, en tout cas intellectuelle, n’intéresse pas Madeleine Delbrêl. 

Pour les avoir côtoyés de 1933 à 1957 à Ivry, ville de Maurice Thorez, «ville-capitale» selon elle du marxisme français de son époque, elle
aime les communistes, mais elle est en «terre de mission», elle veut évangéliser, convertir, ces athées.
A-t-elle été «utilisée» par la hiérarchie ecclésiastique pour contrer l’influence communiste indéniable à cette époque sur nombre de chrétiens y compris prêtres ou responsables laïques? C’est possible, mais en réalité sans importance, car elle porte une parole si sincère, si bienveillante, et si claire par son
refus de tout syncrétisme christiano-marxiste , qu’elle peut être entendue sans crainte  par les marxistes comme par les chrétiens, et encore aujourd’hui porter des fruits.

 A.R


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Dans le Parti communiste, je suis persuadée que le mobile le plus puissant qui fasse agir un communiste est, très souvent, pour ne pas dire le plus souvent, l'amour. L'espérance communiste est l'espérance d'un amour, c'est un amour qui espère quelque chose.
Je me rends trop bien compte de ce que cette affirmation peut avoir d'insolite pour ne pas m'abriter derrière celle que j'ai déjà évoquée plusieurs fois : la religieuse, soeur d'un communiste (4). Ce n'est, en effet, que dans un regard fraternel que nous pouvons comprendre la part d'amour qui reste prédominante dans l'action, non pas du Parti communiste, mais des hommes qui composent le Parti communiste.
Même si, comme partout, il y a chez les communistes de faux communistes, des communistes qui ont pensé trouver leur intérêt dans le fait d'être communiste, même si certains autres ont perdu en vieillissant l'objectif primitif vers lequel ils comptaient marcher, je prétends que la plupart des communistes ne sont communistes que parce qu'ils aiment les hommes, que parce qu'ils n'ont pas voulu prendre leur parti de ce qui, dans le monde, est souffrance évitable. C’est qu'ils n'ont pas voulu prendre leur parti d'une injustice dont ils n'étaient pas certains qu'elle fût nécessaire.
Ce que leur amour espère, c'est un monde à venir où on ne verra plus, par manque d'argent, des enfants garder une fringale d'études sans que les études ne viennent jamais. On n'y verra plus de gens travailler à fabriquer des richesses dont ils n'auront pas le droit de se servir. On n'y verra plus des machines produire du superflu pour les uns, et menacer la vie des autres. On pourra, dans ce monde, être un travailleur manuel, sans être fatalement privé de liberté, à côté des non-manuels qui eux, semblent avoir normalement le privilège de la liberté. Dans ce monde on ne pleurera plus pour des souffrances qui sont évitables et on pourra se réjouir des joies faites pour tous et qui, mises à prix, sont devenues des joies de quelques-uns.
C'est avec toute la force de leurs coeurs rassemblés que les communistes espèrent un bonheur. Et si ce bonheur est un bonheur d'ordre économique basé sur une meilleure répartition des richesses, cela ne veut pas dire que c'est un bonheur fait de marchandises achetées. Le manque d'argent, en effet, entraîne la privation de biens qui ne sont pas des biens économiques, tels que la culture, une certaine liberté, un certain épanouissement humain. Quand on parle de ce bonheur, il s'agit donc d'être précis et d'être nuancé.
L'espérance communiste, à travers le monde entier, charrie d'innombrables espoirs personnels, l'espoir qu'un jour viendra où ce dont on a souffert n'existera plus; l'espoir qui, dans le coeur de chacun porte un nom particulier, un désir singulier; l'espoir de la femme qui dit : « Plus tard, il n'y aura plus d'hommes que le travail forcera à boire. » - l'espoir de la femme qui dit : «  Plus tard il n'y aura plus de guerre qui tueront les gosses de vingt ans. » - l'espoir du vieillard qui économise passionnément de quoi survivre, et qui dit : « Plus tard, quand on sera vieux, on vivra sans contrainte. »
Dans tous ces espoirs les hommes reconnaissent l'écho de ce que chacun d'entre eux souffre. Ils reconnaissent leur propre malheur, accusé, condamné à disparaître, accusé d'être le vrai mal dont l'homme doit se libérer.

C'est parce que ces espoirs innombrables la vivifient que l'espérance du Parti communiste est une grande espérance. Il ne faut pas chercher ailleurs la principale cause de l'expansion communiste; cause sans laquelle tous les moyens mis en oeuvre par le communisme seraient incomplets et inefficaces, car cette espérance constitue leur dynamisme propre. C'est elle qui explique la ferveur unanime des plus obscurs militants : colleurs d’affiches ou distributeurs de tracts aux quatre coins du monde. Et c’est elle  qui s'explique spontanément au cours de la vie quotidienne : je rencontre le dernier jour de l'année une de mes amies, communiste, je lui dis : « Alors il faut se souhaiter une bonne année... Espérons quelle le sera. » Elle me répond : « Elle le sera sûrement puisque pour toi comme pour moi elle nous rapproche du but. »

Extrait de Espoir marxiste et espérance chrétienne (14 mai 1961), texte reproduit dans le Tome 12 des Œuvres Complètes : En dialogue avec les communistes, Editions Nouvelle Cité, 2014, pages 293 à 295.                                  

24 janvier 2018

Lettres du Père Bruckberger à Roger Garaudy

Depuis 1940, Garaudy est déporté en Algérie. Le père Bruckberger, avec lequel il était déjà en relation avant la guerre, lui écrit au camp de Bossuet.





19 janvier 2018

Amour et sexualité selon Roger Garaudy

L'amour

Henri Matisse. Le rêve. 1935
« Être pour les autres est l'unique expérience de la transcendance»,  disait Bonhoeffer.
La deuxième expérience, et la plus décisive, est en effet celle de l'amour, parce qu'elle est la première brèche dans le monde des choses dans lequel nous enferment les postulats du positivisme: nous ne sommes pas entourés que d'objets, d'une nature inerte, dont nous aurions seulement à devenir « maîtres et possesseurs » comme le voulait Descartes. Dans ce qui nous entoure il y des visages, et, derrière eux, ce qui n'est pas seulement un objet, un « non-moi », mais des sujets. Un visage n'est pas seulement une image mais un signe. Un signe qui
désigne, au-delà de ce qui est perçu, une présence et son sens : du défi ou de l'humilité, de la colère ou de l'amour.
Le moi, comme l'écrivait Martin Buber, rencontre un « tu ».
Ce n'est pas une chose que je peux saisir par un concept, ce
n'est pas un instrument ou un obstacle.
Dans le monde décrit par Hobbes, « l'homme est un loup
pour l'homme ». Il en est généralement ainsi dans un monde
obéissant à la seule logique du marché, qui, par sa concurrence
est une logique de jungle : une logique de guerre, de guerre
de tous contre tous, « l'autre » ne pouvant être qu'un concurrent,
un rival, un obstacle, ou bien un moyen de ma propre
promotion.
L'individualisme, où chaque « moi » est enfermé dans son
sac de peau, comme un atome séparé de tous les autres par un
vide, est le produit d'une époque historique. L'opposant à la
personne, dans son rapport avec l'autre et le tout autre ; Péguy
disait : « L'individu, c'est le bourgeois que tout homme porte
en lui. »
Dans cette conception à la fois insulaire et agressive, la liberté
de chacun, confondue avec sa propriété, est cadastrée comme
elle. Ma liberté s'arrête alors où commence la liberté d'autrui,
comme une propriété est bornée par la propriété des autres propriétaires.
Mais la liberté des autres n'est pas la limite de ma
liberté. Elle en est la condition.
Au-delà de cette période historique, caractéristique d'une
société marchande, et même à l'intérieur d'une telle société,
des hommes et des femmes n'en acceptent pas les cloisonnements
et les affrontements. L'autre n'est pas un moyen de plaisir
ou de service. Non pas un obstacle, mais une ouverture
permettant le passage de l'individu à la personne, de l'être à
la relation, de l'insularité à la fécondation réciproque.
Et cela s'appelle l'amour.
La sortie de soi, fondamentale et première.

14 janvier 2018

La faute de l'abbé Pierre

[Dans une France pas préparée à ce type de réflexion, l'affaire de la polémique soulevée par le livre de Roger Garaudy "Les mythes fondateurs de la politique israélienne". Nous poursuivons la publication de documents d'époque. Aujourd'hui l'article du Figaro/L'Aurore daté des 20 et 21 avril 1996]

Le religieux apporte son soutien au livre d'inspiration révisionniste de Roger Garaudy
La faute de l'abbé Pierre

Dans son ouvrage, l'historien dénonce "les méfaits d'une mythologie sioniste"







13 janvier 2018

Chrétiens d'Orient: fin de l'exposition parisienne

Inaugurée en septembre, l’exposition « Chrétiens d’Orient, deux mille ans d’histoire » à l’Institut du monde arabe à Paris s’achève dimanche.
Saluée par la critique et appuyée par les autorités publiques, elle a rencontré un grand succès populaire.

8 janvier 2018

4 janvier 2018

Jésus et le "péché originel"

Le péché originel
Mais qu'en a dit Jésus ?

Portique. Basilique de Vérone
Le péché originel est une doctrine de la théologie chrétienne qui décrit l'état dégradé de l'humanité depuis la Chute, c'est-à-dire la désobéissance d'Adam et Ève, premiers êtres humains créés par Dieu qui, selon le Livre de la Genèse, mangent le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Elle affirme que la nature humaine a été blessée ou corrompue par cette faute originelle et que tout être humain se trouve en état de péché du seul fait qu'il relève de la postérité d'Adam. On parle parfois de « premier péché », « péché d'Adam » ou encore « péché de nos premiers parents »(1).
Cette doctrine, extrêmement débattue depuis ses origines, a toutefois pris des formes bien distinctes dans les différentes confessions chrétiennes, et le péché originel est décrit de différentes façons, depuis une simple déficience, ou une tendance au péché qui exclut toute idée de culpabilité a priori, jusqu'à l'idée d'une nature totalement corrompue et d'une véritable culpabilité collective. Ces conceptions différentes du péché originel induisent des différences notables dans la théologie du salut, notamment en ce qui concerne le libre-arbitre et la grâce.
L'expression « péché originel » ne figure nulle part dans la Bible, mais la doctrine du péché originel s'appuie sur plusieurs passages de l'Écriture : les chapitres 2 (versets 16 et 17) et 3 du Livre de la Genèse, les épîtres de Paul aux Romains (5:12-21) et aux Corinthiens (1 Co 15:22), ainsi qu'un passage du Psaume 51. Le premier exposé systématique qui en a été proposé, et à partir de l'interprétation duquel les controverses se sont déployées, est celui d'Augustin d'Hippone au IVe siècle
L'objet de cette contribution n'est pas de rediscuter sur cette question sur laquelle  des générations de théologiens ont réfléchi et écrit. Relevons que les rares textes bibliques sur lesquels on a bâti cette doctrine sont sujets eux même à interprétation divergente.
Se baser sur le récit de Genèse 2 et 3 est pour le moins hasardeux, lorsqu'on sait que ces notices racontant la ''fabrication'' d'Ève à partir d'une côte d'Adam et ensuite l'histoire de la tentation dans le jardin d'Éden, sont des récits mythiques, élaborés par des narrateurs s'inspirant,( on pourrait dire ''plagiant'') des textes sumériens. Nous en avons apporté la preuve dans un livre publié récemment.(2) D'ailleurs, les exégètes  sérieux des textes bibliques reconnaissent bien le caractère mythique de ces  récits(3). Quant aux écrits de Paul, lisons les  observations de John Shelby Spong (4):
La pensée de Paul était limitée par la vision du monde et les événements de son temps. Vouloir trouver à tout prix une vérité éternelle dans des paroles conditionnées par une culture et une époque qui ne sont pas les nôtres est le comble de la bêtise. Les mots de Paul ne sont pas la parole de Dieu|[...]Paul n'était pas un savant universel. Il n'était même pas un spécialiste de la Bible. Il avait étudié les Écritures, mais il ne connaissait rien au contexte, à l'histoire, à la formation de l'Ancien Testament, contrairement à n'importe quel étudiant d'un grand séminaire anglais ou américain aujourd'hui. La sagesse populaire, à son époque, attribuait la Torah à Moïse et Paul ne mettait pas cela en doute( Rm 9:15;10:15;10:19;1Co 9:9;2Co 3:15). Pour lui, Adam était tout autant que Jésus de Nazareth  un personnage historique au sens propre( Ro 5:14,18). Aucun savant ne défendrait aujourd'hui une telle idée[ ….]Vouloir traiter les mots de Paul comme s'ils étaient la parole infaillible de Dieu suppose que le Chrétien renonce à toute analyse intelligente et admette des schémas culturels depuis longtemps abandonnés.(5).

1 janvier 2018

VOEUX 2018


Ensemble, essayons d'échapper à la survie pour gagner la vie et trouver les "passerelles hardies" pour conquérir un autre monde.

Hokusaï. 1830-1834. Cerf dans la forêt profonde