14 août 2017

L'homme occidental et son art. Art byzantin et art gothique

L'art byzantin.
Nous choisirons, comme « origine
des temps » de l'art occidental, le moment où il se
détache de l'art byzantin, encore fortement influencé
par l'Orient.
L'art byzantin, qui a régné en gros du VIe au
XIIe siècle, de Byzance à Ravenne, est l'art de sociétés
fortement hiérarchisées et sacralisées. Mosaïques et
peintures d'églises présentent le Christ, la Vierge ou les
saints, sous la forme de « grands » de ce monde. Le
Christ n'est pas le Crucifié, mais le « Pantocrator » (le
souverain tout-puissant). L a Vierge n'est pas la mère
douloureuse mais la « Reine du monde », « en majesté» .
Le langage artistique propre à exprimer cette
« transcendance » (c'est-à-dire cette coupure avec le
monde quotidien des hommes, cette supériorité par
rapport à lui, sans commune mesure avec lui) est
nécessairement aux antipodes du réalisme : toute
particularité terrestre du geste ou de l'expression est
exclue. La couleur n'est pas celle qui éclaire la réalité et
l'histoire profane. Elle n'émane pas d'une source de
lumière naturelle. Elle est le rayonnement propre à des
êtres célestes. Elle vient du dedans d'eux-mêmes. Les
fonds d'or ou d'azur sombre font surgir les figures
comme des apparitions qui ne se situent pas dans un
décor ou un paysage terrestres.
La perspective même est hiérarchique et non
géométrique : la grandeur des figures ne dépend pas de
leur éloignement par rapport à nous mais de leur
importance dans la hiérarchie absolue des êtres.
C'est le monde vu du point de vue de Dieu.

L'art gothique.
La peinture et la sculpture
gothiques sont nées d'un changement profond de la vie
des hommes. Après le rétablissement des grandes routes
terrestres et maritimes de l'Europe (après l'arrêt des
invasions et les Croisades), avec la renaissance d'une
économie marchande et d'une civilisation urbaine,
avec le brassage des hommes et des idées qu'impliquent
ces échanges, les hiérarchies millénaires sont ébranlées.
Il y a moins de distance entre les hommes, et moins de
distance entre la terre et le ciel. L'attention se porte sur
ce qui, sur la terre, est en train de changer. Dieu même
paraît plus proche des hommes.
En sculpture, en peinture, comme dans le théâtre
des « mystères », c'est d'un Christ humanisé que l'on
retrace, jusque dans le détail prosaïque, les événements
de la vie qu'il a vécue parmi les hommes : aux images
triomphantes succèdent les images douloureuses de la
Flagellation, de la Mise en Croix, du désespoir de la
Mère lors de la descente de Croix. De simples gens sont
mêlés à la famille céleste, en continuité avec elle.
Le langage plastique exprime cette nouvelle
manière d'exister devant Dieu et les hommes : aux
symétries hiératiques de l'abstraction byzantine va se
substituer l'expressionnisme gothique, où l'arabesque
vivante sert à souligner le geste de l'homme, où
l'émotion déforme les corps ou fait grimacer les
visages.
L'espace n'est plus celui du ciel, mais celui de la
terre où se déroule une action. Il se compartimente,
comme dans le théâtre des « mystères » où chaque
scène se joue dans un cadre séparé. La lumière naît de
sources naturelles : le ciel, le feu d ' un foyer ou de
torches. Les couleurs sont le simple vêtement des
choses quotidiennes.

C'est une humanisation du divin.

Roger Garaudy
Comment l'homme devint humain
Pages 302 à 305                               [ A SUIVRE SUR L'ART DE L'HOMME OCCIDENTAL]
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy