11 octobre 2015

Bouddha, Moïse, Jésus et Mohammed

Si Bouddha, Moïse, Jésus, Mohammed, ont apporté des
réponses et des solutions aux interrogations et aux problèmes
de leur temps, cela ne nous dispense en aucune manière de la
responsabilité de résoudre, à partir de leurs principes, les problèmes
de notre temps : aucun sutra bouddhiste, aucun verset
de la Bible ou du Coran, ne nous permet de résoudre,
sans une interprétation préalable, les problèmes posés par l'énergie
atomique, les multinationales, la spéculation boursière, le
colonialisme, ou autres, qui ne se posaient pas au temps des
prophètes. Nous pouvons seulement, à partir des principes
qu'ils ont apportés, prendre, à tout risque, la responsabilité de
les appliquer dans des situations historiques radicalement
nouvelles.
Nicola de Maria - Univers sans bombes - 1985

Ceci n'implique aucun relativisme, ni éclectisme, ni syncrétisme.
Chaque religion a sécrété, autour des principes communs
à toute acceptation de la transcendance, des valeurs absolues,
des cultes avec leurs rites et leurs dogmes propres à chaque
culture pour tenter une approche de l'absolu. Il se peut que
cette liaison ou cette soumission à Dieu qui exige la participation
entière de notre être, y compris de notre corps, donne une
forme particulière à la prière et à l'adoration, qui vont ensuite
informer notre action.
La tradition culturelle de chaque peuple peut ainsi s'exprimer
par une attitude particulière du corps, celle du yoga ( joug)
soumission à Dieu, pour les uns, de la prosternation ou de
l'agenouillement pour d'autres.
L'essentiel est que cette posture du corps facilite la communication
avec Dieu ou avec la sagesse (de quelque nom qu'on les
désigne), et ne se dégrade pas en une gymnastique sans âme.
La diversité des religions, par la fécondation réciproque des
cultures qui les spécifie, est une richesse que l'on ne peut
détruire en imposant à l'autre la forme d'expression dont nous
sommes, avec notre culture, les héritiers.
Nous ne pouvons revendiquer le monopole des voies d'accès
à la transcendance, que nous l'appelions salut, libération,
moksha ou nirvana.

Nous pouvons seulement, avec le plus grand respect du comportement
rituel des autres, et des symboles par lesquels ils
expriment leur foi, leur sagesse ou leur Dieu, nous enrichir de
leur expérience, gravissant, par des voies diverses, la même
cime, inaccessible peut être, qui nous fait rechercher le sens de
notre vie et de notre histoire, et les voies de son accomplissement.
En résumé, ce qu'il y a le plus précieux, ce n'est pas ce qu'un
homme dit de sa foi, mais ce que cette foi fait de cet homme.
Comment le libère-t-elle de ses aliénations ?
C'est-à-dire de ses ambitions personnelles réalisées par l'écrasement
des autres, de ses projets partiels, individuels ou
nationaux, qui ne tendent pas à la création d'une communauté
universelle, symphonique, fin suprême de la foi qui appelle
toutes les religions à la transcendance, au dépassement de
soi.

Une démystification spirituelle est d'abord nécessaire.
Il faut certes corriger l'erreur d'aiguillage commise à la
Renaissance lorsque l'on appela raison la seule science des
moyens, en la mutilant de son autre dimension fondamentale,
seule capable d'en mettre les merveilleuses découvertes au
service de l'épanouissement de l'homme et non de sa destruction
: la sagesse, qui est réflexion sur les Fins.
Mais, au delà, il faut en finir avec la pire perversion de la pensée
humaine : la notion tribale de peuple élu, divisant l'humanité
entre élus et exclus, accordant aux premiers le pouvoir de
droit divin de dominer, d'asservir ou même de massacrer tous
les autres, quels que soient ceux qui s'attribuent ce privilège,
qu'ils soient hébreux ou chrétiens d'Europe réclamant l'héritage
de l'élection pour persécuter les juifs qui s'en croyaient
détenteurs, puis les musulmans par les Croisades, puis le
monde par le colonialisme, jusqu'à ce qu'ils soient dépossédés
de ce mythique droit par le destin manifeste que se décernèrent
les États-Unis au détriment des Indiens, des Noirs,
puis du monde, sacralisant même la royauté du dollar en inscrivant,
sur chaque billet vert, que sa toute puissance était
d'essence divine : In God We Trust .
Il faut d'abord en finir avec les lectures intégristes de la Bible
qui font d'elles la seule écriture sainte de l'humanité, alors que
chaque peuple, dans le monde, a vécu la préhistoire de son
humanité en créant les grands mythes qui balisent le parcours
millénaire de l'humanisation divine de l'homme. Tous les
peuples ont une histoire sainte : celle de l'homme à la
recherche de Dieu.
Les conséquences de ces affabulations sur un peuple élu, sans
autre fondement qu'un seul texte, sont aggravées par le fait
qu'un certain christianisme s'est prétendu l'héritier de cette
tradition, s'est approprié l'élection divine pour s'attribuer un
droit divin de domination du monde, en exerçant sur les non -
élus ses dominations, ses spoliations et ses massacres, au nom
de la même supériorité ontologique, théologique, sur les
Indiens d'Amérique, les esclaves déportés d'Afrique, et une
grande partie de l'Asie, de la guerre de l'opium à Hiroshima,
des destructions massives du Viet Nam à celles de l'Irak.

Roger Garaudy -  L'avenir, mode d'emploi, pages 187 à 190

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy