24 août 2015

Au Cercle de Minuit en 1995, Béjart et Garaudy

Une retranscription critique, résumé d'une émission télévisée du
26 Avril 1995

Sur le site http://nathalie.diaz.pagesperso-orange.fr/bejart/mb.html:



Le "Cercle de Minuit ", Emission TV animée par la coproductrice et présentatrice du magazine culturel quotidien sur France 2 (1994/1997),
[Laure Adler, NDLR]

Le chorégraphe est entouré de l'écrivain François Weryergans, du metteur en scène Jérôme Savary, du journaliste André-Philippe Hersin, de l'écrivain et philosophe Roger Garaudy ainsi qu'une ancienne danseuse de l'Opéra de Paris [Brigitte Lefèvre, NDLR]
 
Béjart en 2004
Cette émission est présentée comme une tentative de découvrir ce "Maurice Béjart énigmatique, plein de mystère et de non mystère" (sic).

On n'échappe pas au "Né le..., fils de... ". Une bande sonore nous permet justement d'entendre ce père génial, le philosophe père de la Prospective qui déclare exactement :"Mesdames, Messieurs, le devoir du philosophe est de chercher à rendre aussi clair que le peuvent les idées confuses. C'est un devoir austère. Ce n'est pas une tâche secondaire. Rien n'est plus dangereux que les passions vigoureuses appliquées à des idées vagues. Il y a encore plus attristant, c'est de voir des hommes faire avec énergie et parfois avec générosité le contraire de ce qu'ils veulent vraiment, à ramer à contre courant parce qu'ils sont abusés par les mots. Or il y a deux idées qui sont fréquemment confondues. Les mots qui les désignent sont sans cesse employés l'un pour l'autre, et ce sont les maîtres mots : liberté et indépendance".

Roger Garaudy remarque aussitôt que le fils a dansé ce que le père a dit. Tout le monde approuve. Béjart reconnaît sa surprise de réentendre la voix de son père et en particulier de l'entendre dire cela dans une aussi parfaite justesse de ton et de mots.

L'animatrice enchaîne sur les innombrables passions qui animent le chorégraphe. Cet engouement pour la découverte, le Savoir, notamment acquis au travers des philosophies occidentales et en particulier orientales.

Béjart est félicité pour sa consécration récente sous les Coupoles de l'Académie (de même qu'il a été élevé par l'Empereur Hirohito à l'ordre du Soleil Levant). Béjart narquois, y revient sommairement et met surtout l'accent sur la joie ressentie à cette occasion de pouvoir à nouveau se déguiser, comme naguère lorsqu'il était enfant et endosser cet habit vert agrémenté d'une belle épée spécialement dessinée par "son jumeau" César (marseillais et né également un premier janvier).

Une question est posée sur la corrida.
Béjart qui a mal entendu demande "les chorégraphies ?" nous offrant un formidable raccourci sur les liens unissant l'un et l'autre.
Selon Maurice Béjart, la corrida consiste en une forme d'érotisme au travers de ces corps qui se frôlent dans l'arène, s'attirent et se repoussent aussi comme par exemple dans son oeuvre maîtresse le "Sacre".

Le tout début de "Symphonie pour un homme seul" [de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, NDLR] est donné en extrait (le chorégraphe et le musicien se sont rencontrés en 1955). Cette synchronisation complète de soi avec la musique est longuement évoquée. Cette musique abstraite (Pierre Henry) qui rétroagit sur ce corps dansant, "qui marche et qui rajeunit quand la tête marche avec".Maurice Béjart rit beaucoup. D'ailleurs ironise gentiment et sérieusement Jérôme Savary "lui ne tire jamais la gueule et aime ses artistes". Le chorégraphe se justifie simplement, selon lui : " Si les danseurs sont biens, la danse est bien".Inévitablement, la question sur l'impulsion créatrice tombe:
"Vous écrivez ?".Béjart s'explique, évoque le plaisir, ce besoin de faire plaisir à un danseur ; cet éveil de ses capacités, ce bonheur qui transporte, qui transcende l'art.A propos des maîtres à penser il a cette phrase qui est très belle : - "Les maîtres, c'est chaque jour on ouvre un livre, chaque jour on écoute de la musique".

Ce "plein de mystère et de non mystère"...

La parole est donnée à l'écrivain François Weyergans:
-"Avec Maurice, c'est une cristallisation amoureuse ?"
- "Non, non, ce n'est pas le top du top la cristallisation amoureuse !"
Ce débit qu'il faut suivre, qui ne cherche pas, qui trouve instantanément, tout cela dans la plus parfaite nuance.
La force de la danse créé par Béjart " est celle qu'on ressent quand on lit un journal intime". Magie du miroir qui lui permet de faire l'amour avec l'interprète, de voir ce que sans lui, on ne pourrait voir.

La danseuse de l'Opéra de Paris approuve et aborde l'importance de ce travail avec le danseur. Au sujet du chorégraphe surnommé "Vishnu", elle reconnaît qu'il était craint.

François Weyergans reprend le thème de la relation qui existe et se noue entre le chorégraphe et le danseur par le biais du miroir (et des étapes Lacaniennes), et du Ballet par rapport au public, avec ce que l'on donne à voir et ce qu'il y a derrière. A la manière du sujet apparent et du sujet réel:"Il fait avaler aux gens des trucs assez curieux, le Mandarin merveilleux applaudi par tout le monde, qui a reçu une victoire de la Musique, quand on regarde derrière, avec l'histoire de fétichisme et de travestisme." s'étonne-t-il. D'ailleurs, selon les russes, "dans les ballets de Maurice, c'est ou le sexe ou dieu".Roger Garaudy prend de nouveau la parole et s'étonne : " L'un et l'autre le père (Gaston Berger) et le fils (Maurice Bejart), m'ont appris la même chose : le sens, l'essentiel de la vie est d'en chercher le sens". Cite Shakespeare dans le "Roi Lear" qui fourbu et errant déclare : "Quelqu'un ici me connaît-il ? Ce n'est point Lear ; est-ce ainsi que Lear marche ? Qu'il parle ? (...) qui pourra me dire qui je suis ?", et "Don Quichotte" : "Je sais qui je suis, un homme habité par dieu". Selon lui ces interrogations et constats animent Béjart qui les exprime au travers et par le corps, sur lequel la mort s'appuie de tout son poids.

Maurice Béjart approuve et cite à son tour Saint Jean de La Croix.

Fin de l'extrait.

http://nathalie.diaz.pagesperso-orange.fr/bejart/lemondebejart/indexcercle.html

[NDLR=précisions par l'administrateur du blog, AR]
http://www.ina.fr/video/CAF90025969/magazine-arts-lettres-et-spectacles-ballet-bejart-video.html: Garaudy parle de la danse






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Si tu ne brûles pas
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Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy