2 juillet 2015

L'opposition entre Garaudy et Althusser renvoie aux incompatibilités entre la pensée de Marx et celle de Lénine

Garaudy versus Althusser: De tendenzenstrijd binnen het marxisme in frankrijk

 
Tijdschrift Voor Filosofie 42 (3):505 - 547 (1980)

Photo Wikipedia. Louis Althusser


Nous abordons la confrontation entre Garaudy et Althusser par l'examen de ce qui permet à Garaudy de maintenir son interprétation du marxisme en dépit de celle élaborée par Althusser avant son autocritique. Les deux auteurs se proposent de reconstruire la théorie marxiste libérée du stalinisme par l'élaboration d'interprétations à substituer a celles du déterminisme économique et du matérialisme métaphysique. Tandis que Garaudy retourne dans ce but à l'œuvre intégrale de Marx, Althusser ne se réfère qu'aux ouvrages qui datent d'après la rupture épistémologique enfin d'en faire une lecture symptomale. Garaudy résiste à la critique d'avoir réduit Marx au jeune Marx en maintenant et en explicitant sa thèse originale sur la continuité et la discontinuité dans l'oeuvre de Marx ; cette thèse voit dans „Le Capital” la pensée de Marx sous sa forme enfin accomplie. L'affirmation soit de l'existence d'une césure épistemologique soit d'une réconversion des concepts initiaux dans l'œuvre de Marx, suppose déjà une interpretation du caractère scientifique de la pensée de Marx. Quoique Althusser reproche à Garaudy d'avoir proposé une alternative théorique restée tributaire de Hegel et de ce fait idéaliste. Garaudy maintient que la rupture réalisée par Marx à l'égard de Hegel consiste dans le passage de concepts à portée métaphysique à des concepts exclusivement historiques, là où Althusser ne peut définir la nouvelle pratique de la philosophie, qu'il considère comme marxiste, qu'à partir d'une position métaphysique. Le résultat le plus important de la lutte theorique entre Garaudy et Althusser nous paraît consister dans le fait qu'Althusser a reconnu que sa position (nous la qualifions de „scientiste”) ne lui permet pas d'élaborer une philosophie de la science marxiste mais l'oblige au contraire de formuler des thèses dogmatiques au service d'une certaine pratique scientifique (d'inspiration spinoziste) qu'il absolutise. La prise de position en faveur de pareilles thèses suppose en outre de la référence métaphysique déjà mentionnée, un fondement de validité au niveau du domaine de l'idéologie qu'Althusser avait pourtant irrémédiablement suspectée à partir du niveau qu'il qualifie de scientifique. Même si Garaudy pour sa part n'en sort pas complètement dans sa tentative de construire une épistémologie marxiste, il faut reconnaitre qu'il fournit une contribution valable, au moins dans le sens non-dogmatique qu'il propose de ce qui est valable : une théorie capable de se maintenir dans la concurrence avec d'autres théories. En définitive l'opposition entre Garaudy et Althusser (dans les positions qu'il soutient depuis son autocritique) nous renvoie aux incompatibilités entre la pensée de Marx et celle de Lénine. L'intention la plus fondamentale de ce recours de la part d'Althusser a Lénine est certainement inadmissible pour Lénine .... En définissant la nouvelle pratique de la philosophie comme lutte de classe dans la théorie, Althusser veut libérer les théoriciens marxistes de la tutelle des leaders politiques pour autant qu'ils se croient responsables pour tous les niveaux de la lutte prolétarienne (en expulsant par exemple Garaudy du parti)

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy