25 avril 2015

Kayahan Açar

Le dialogue des cultures : aux abonnés absents !

Dans notre monde, dans notre pays, les marchandises, les informations circulent sans frein ; en revanche la circulation, le dialogue des cultures nous manquent cruellement. 
Voici la dernière illustration de l’absence du dialogue des cultures : un grand chanteur-compositeur turc est disparu au début de ce mois d‘avril, Kayahan Açar. La disparition de ce chanteur à 66 ans, des suites d’une longue maladie, a donné lieu à une immense émotion en Turquie. Le Président de la République, Recep Tayyip Erdogan, a participé personnellement aux obsèques retransmises en direct sur les chaînes de télévision.
Kayahan n’était pas une « célébrité », mais un compositeur et chanteur populaire au bon sens du terme. Il suffit de regarder sur le web (sur You Tube) le clip d’une de ses plus belles chansons, « Bizimkisi bir ask hikayesi » (notre histoire d’amour, [video ci-dessus, NDLR]), pour comprendre les qualités exceptionnelles de ce chanteur qui incarnait la passion. Il était de la lignée de ces grands chanteurs français qui nous manquent si cruellement : Nougaro, Brel, Reggiani… Il avait manqué de peu de remporter l’Eurovision dans les années 80-90, quand l‘Eurovision avait encore un sens.
Pourtant, les médias français, presse, télévision, n’ont pas parlé de la disparition de Kayahan. Seulement quelques lignes sur le site de FranceTV Info ! Le New York Times a fait mieux ! On n’aura jamais vu ce grand chanteur sur les chaînes de télévisions françaises pendant sa très longue carrière - il l’avait commencée dans les années 60 !
Ceci n’est bien sûr qu’un exemple de l’absence de dialogue des cultures. Une telle absence est d’autant plus choquante dans un pays comme la France qui accorde, dit-on, une si grande place à la culture. Car l’absence de dialogue des cultures a une conséquence majeure : dans le domaine culturel comme dans celui de l’écologie, l’uniformité ne fait que croître aux dépens de l’indispensable diversité. Une pseudo-culture globale se substitue à la culture elle-même !
L’art de la chanson est particulièrement concerné par ce risque d’uniformisation ; l’anglo-américain y est la langue dominante. Justement un chanteur comme Kayahan était la meilleure assurance contre ce risque car il n’a jamais chanté en anglais, toujours en langue turque.
Nos télévisions publiques auraient dû jouer leur rôle de passeur pour faire comprendre et aimer un artiste comme Kayahan : elles auraient dû lui consacrer une émission, ou l’inviter à des émissions de variétés. Les liens historiques et culturels entre la France et la Turquie sont multiples et anciens, depuis le seizième siècle. Hélas France Télévisions n’a pas rempli cette mission. Les téléspectateurs français n’ont pas eu la chance d’entendre un grand chanteur-compositeur, Kayahan.

vendredi 24 avril 2015 
 

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Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy