18 avril 2015

Fidélité de l'Abbé Pierre à Roger Garaudy

...en trois citations !
(après la parution des "Mythes fondateurs de la politique israélienne" et la violente polémique consécutive, NDLR)


De ton nouveau livre il m’est impossible de parler avec tous les soins que réclament non seulement son sujet fondamental, mais aussi l’étonnante et éclatante érudition, scrupuleuse, sur laquelle chaque propos se fonde, comme j’ai pu le constater en le parcourant.
Autour de moi quelques personnes dont les exigences et la compétence sont grandes et qui l’ont entièrement lu me disaient l’importance de ce qu’elles en ont reçu.
Il faut tout faire, et je m’y emploie, pour que bientôt des historiens vrais, de la même passion du vrai qui est la tienne, s’attachent à en débattre avec toi.
Les insultes contre toi que j’ai pu connaître (jusque dans un quotidien que j’estime le plus pour son habituelle objectivité), qui t’ont accablé de toutes parts sont déshonorantes pour ceux qui, comme à la légèreté, t’en accablent.
Lettre à Roger Garaudy, extrait.
(15 avril 1996)

Ce n’est pas sans quelque douloureux tremblement et grande humilité que j’évoquerai l’autre de mes convictions relative à la portion juive de l’univers humain.  Tout a commencé, pour moi, dans le choc horrible qui m’a saisi lorsqu’après des années d’études théologiques, reprenant pour mon compte un peu d’études bibliques, j’ai découvert le livre de Josué. Déjà un trouble très grave m’avait saisi en voyant, peu avant, Moïse apportant des Tables de la loi qui enfin disaient : « Tu ne tueras pas », voyant le Veau d’or, ordonner le massacre de 3.000 gens de son peuple.
Mais avec Josué je découvrais (certes contée des siècles après l’événement), comment se réalisa une véritable “Shoah” sur toute vie existant sur la “Terre promise”.
A crié en moi : «Si je te promets ma voiture, et si toi, dans la nuit, tu viens tuer le gardien, forcer les portes et t’emparer de la voiture promise, que peut-il rester de la “Promesse”?»  La violence ne détruit-elle pas tout fondement de la Promesse ?
Lettre à Roger Garaudy, extrait.
(15 avril 1996)

« Pour moi, au monastère, j’ai pu au calme lire et annoter le livre incriminé. Je n’y ai rien trouvé de blâmable »
Lettre à Roger Garaudy, extrait.
 (16 juin 1996)

Nous avons souligné en gras [...] trois mots importants, sur lesquels ont beaucoup glosé certains commentateurs médiatiques pour affirmer que les positions « délirantes » de l’abbé tenaient à une amitié ancienne avec Garaudy, et à rien d’autre.
Ces trois mots auraient aussi bien pu s’analyser comme une précaution de langage, pour ne pas trop heurter de front les consciences des croyants caméralisés, ou préparer une « défense élastique ».
Ils se trouvent totalement dépassés par la citation, ci-dessus en gras, qui elle n’a pas du tout été médiatisée, ni commentée. Pourquoi ?
S’en étaient suivis des échanges confus, d’énormes pressions sur l’abbé, venues de toutes parts, son exclusion de la LICRA, des tentatives de dénaturer sa pensée, dans lesquelles s’est distingué Bernard Kouchner,[…]

L’abbé a fait ce qu’il a pu dans la situation où il était, compte tenu de ce qu’il était…
 [...]
Mais l’abbé Pierre a préparé l’avenir. Il a prouvé qu’on peut être antifasciste, soucieux du sort des Juifs, et se poser des questions [...]


Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy