19 février 2015

Parler à quelqu'un n’est pas dialoguer. Le dialogue commence par le respect et l’écoute

Dialoguer, ce n’est pas chercher à persuader 

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Nous sommes quotidiennement amenés à dialoguer avec les autres : nos proches, nos amis, nos collègues, ou des inconnus. Pourtant, établir un dialogue authentique n’est pas chose facile.
Robert Anderson, professeur de communication à l’université de Vancouver, collabore avec le Centre pour le dialogue Morris J. Wosk, une institution dédiée à l’étude et à la pratique du dialogue. Il partage son expérience : « Le dialogue demande un réel effort. Les pré-requis ou, plutôt, les ingrédients nécessaires au dialogue – l’idée d’étendre son engagement au point de pouvoir écouter quelqu’un d’autre, l’écouter attentivement et non pas simplement attendre qu’il fasse une pause pour pouvoir contrer ce qu’il dit – ce sont là des choses que beaucoup de nous avons du mal à faire. »1
Il arrive en effet que le dialogue tourne à une véritable guerre de mots, plus ou moins courtoise, dans laquelle la seule motivation est de convaincre l’autre et lui imposer à tout prix son point de vue. C’est l’état de colère qui se manifeste alors. L’échange se transforme en une manifestation d’arrogance et de fermeture. Aucun vrai dialogue n’est possible dans de telles circonstances. On plutôt, c’est un « dialogue de sourds » au bout duquel, au mieux, chacun restera retranché derrière ses positions.

L’écoute est la clé

Le vrai dialogue commence donc par l’écoute. À ce titre, l’Institut Toda a élaboré dix règles pour le dialogue (voir ci-contre), dont la première est d’« honorer les autres et les écouter profondément avec le cœur et l’esprit ».
Daisaku Ikeda écrit à ce sujet : « [L’important] est de respecter son interlocuteur et d’écouter vraiment ce qu’il a à dire. Cela paraît simple, mais ces deux points son la véritable essence du dialogue, indispensable dans l’ère de la mondialisation du XXIe siècle. Parler à quelqu'un n’est pas dialoguer. Le dialogue commence par le respect et l’écoute. Cela implique écouter, s’exprimer et écouter à nouveau. Un tel échange ouvert et franc brise tous les murs des préjugés et des conceptions toutes faites, permettant de reconnaître l’humanité que nous avons en commun. Lorsque nous réalisons qu’il n’existe aucune différence essentielle entre nous, nous sommes capables de communiquer avec sincérité et de faire éclore la confiance. »2
Le dialogue n’a donc rien à voir avec le fait d’avoir tort ou raison, mais consiste en un échange constructif et bénéfique pour les deux parties. En approchant notre interlocuteur avec humilité, dans l’idée que nous avons quelque chose de précieux à apprendre de lui et lui de nous, nous créons les meilleures conditions pour un échange fécond et mutuellement enrichissant.

Un dialogue libre et ouvert

Il s’ensuit que la qualité de nos dialogues dépend, en grande partie, de la qualité de notre écoute. Et puisqu’il s’agit d’« écouter profondément », la question est de savoir jusqu’à quel point nous sommes prêts à écouter. Car écouter n’est pas si simple qu’il y paraît... Si l’on s’y prête, si peu que ce soit, on se rendra compte du curieux filtrage que nous opérons, presque inconsciemment. On pourrait appeler cela l’« écoute sélective », qui consiste à n’entendre que ce que l’on veut entendre, c’est-à-dire tout ce qui correspond à nos préjugés et à nos attentes.
Ainsi, il est clair qu’avoir des attentes préétablies vis-à-vis de notre interlocuteur restreint d’autant notre capacité à l’entendre. « C’est ce que j’appelle l’un des ennemis du dialogue, commente le Pr Robert Anderson. Les gens ne se réunissent généralement pas sans but, pourtant si ce but est trop prééminent, alors le dialogue devient une négociation. Les qualités d’ouverture et de liberté propres au dialogue sont compromises. »3
Écouter profondément nous met directement face à l’autre dans toute son altérité. Cela requiert une large capacité de tolérance et d’acceptation de ce que l’autre est, et de ce qu’il a à dire. Par un effet de miroir, cela nous renvoie également à nos propres limites. Car ce que l’on n’écoute pas en soi, on ne peut l’entendre chez les autres.
Daisaku Ikeda, en commentant l’histoire du bodhisattva Jamais-méprisant, qui proclamait sa foi en la bouddhéité des personnes qu’il rencontrait, revient sur cette notion de tolérance : « Lorsqu’on est rigoureux en ce qui concerne la Loi [bouddhique], il est possible de croire en l’être humain ; c’est seulement dans ces conditions qu’une véritable tolérance envers les autres devient possible. »4 Ainsi, la véritable tolérance, l’acceptation de l’autre, découlent d’une confiance profonde en l’être humain.

Débat d’idées ou rencontre humaine ?

« Ecouter profondément avec le cœur et l’esprit » veut dire aussi reconnaître l’humanité chez l’autre. S’il est vrai que tout débat d’idées peut rapidement faire apparaître des divergences de points de vue, noter humanité, elle, est la même.
Il s’agit donc de remettre l’être humain au centre de l’échange. C’est-à-dire s’intéresser réellement à l’autre et faire preuve d’empathie. Pour cela, il faut savoir entendre, derrière les mots, l’être humain – avec son contexte, son histoire personnelle, le monde intérieur qui l’anime. Notre interlocuteur ne fait pas que penser et parler, mais également rêve, vit, ressent – comme nous-mêmes – et, par-dessus tout, est doté d’un potentiel créatif infini. C’est devant la merveille de cette « entité de vie » prise dans sa globalité que l’on devrait, tel le bodhisattva Jamais-méprisant, s’incliner.
Daisaku Ikeda nous encourage en ce sens : « Ne soyez pas froid, distant ou hautain. Soyez chaleureux et authentique et consacrez-vous sincèrement au bien-être de tous. Faites preuve d’une considération telle que vous touchez et apportez de la joie à tous ceux avec qui vous êtes en contact. […] Toute personne mérite le respect. Tout individu doit être mis en valeur et apprécié. »5
Mener de tels dialogues sincères et bienveillants constitue le moyen fondamental de rapprocher les individus, et créer la compréhension et la confiance mutuelle qui feront progresser l’humanité tout entière vers la paix.

Tiré de Cap n° 790, mars 2009.

Notes

  • 1. Dialogue, A good conversation, SGI Quarterly n° 47, janvier 2007, traduction libre.
  • 2. D. Ikeda, D&E-mars 2008, n° 195, ACEP, p. 8.
  • 3. Dialogue, A good conversation, SGI Quarterly n° 47, janvier 2007, traduction libre.
  • 4. D. Ikeda, La Nouvelle Révolution humaine, vol. 3, ACEP, p. 121.
  • 5. D. Ikeda, D&E-novembre 2007, n° 191, p. 25.

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