26 mars 2014

Le 5 mars 2014 Cordoue a rendu hommage à Roger Garaudy


En présence d'universitaires, d'écrivains, de théologiens, et de spécialistes de l'Andaluz, parmi lesquels  Balbino Povedano (dont le blog publie ici l'intervention), Margarita Ruiz Shrader, Juan José Tamayo, Jacques Moreillón, Gabrielle Nanchen, Manuel Pimentel, Virginia Luque, Inma Fernández, un hommage a été rendu le 5 mars 2014 à Roger Garaudy à Cordoue, siège de la Fondation qu'il y a créé. Le maire de Cordoue, José Antonio Nieto, y était présent, aussi pour remercier la famille  Garaudy d'avoir fait don en décembre 2011de sa bibliothèque philosophique (environ 3000 ouvrages). 

     Voici le texte de l'intervention de Françoise Garaudy à cette occasion:

Je suis très émue aujourd'hui de voir ici à Cordoue les livres qui ont nourri
la pensée de mon père pendant plus d'un demi-siècle et qui ont contribué
à son immense culture.
Je retrouve la couleur des couvertures, il savait, dans sa bibliothèque
me dire la place exacte de chaque livre, sa couleur quand, à la fin de sa
vie, il lui était difficile de les chercher lui-même.
Ses centres d'intérêt étaient multiples: la philosophie bien sûr, mais aussi la
théologie,  l'histoire, l'environnement, l'art dans toutes ses expressions:
poésie, peinture, architecture, danse, cinéma, etc…
Cette avidité de savoir n'avait pour lui qu'une mission première: changer
la vie mais surtout en découvrir le sens et, pour en découvrir le sens, le
dialogue avec l'autre lui était indispensable.  Il disait:
"Il n'y a de véritable dialogue que si chacun est pénétré de cette certitude
que l'autre homme est ce qui lui manque pour être pleinement un
homme."
Sa vie était dirigée par ces valeurs auxquelles il était profondément
attaché:  l'ouverture, la critique, l'universalité et l'espoir. Il a toujours
attiré l'attention sur la contributions des différentes cultures et
civilisations en mettant les capacités de l'homme au centre de son intérêt.
Ce besoin de connaissance a fait de lui un témoin passionné, un acteur et
une conscience critique du XXe siècle.
Sa quête d'universalité, de sagesse, d'espoir à trouvé sa concrétisation à
Cordoue. Cette ville qui, du 9e au 13e siècle était la plus grande ville du
monde par son rayonnement culturel.
Un poète disait:
"Par quatre merveilles Cordoue a dépassé toutes les capitales: le pont
jeté sur le Guadalquivir, sa grande mosquée, son palais d'AI Zahra et, la
quatrième, la plus éclairante: sa culture."
C'est donc à Cordoue, et avec beaucoup de persévérance, qu'il a créé le
musée de la Calahorra, un bel outil pédagogique qui perpétue ce
rayonnement et qui permet à la population de Cordoue de se réapproprier
son histoire. Aujourd'hui, ce musée est toujours aussi vivant, grâce à
l'enthousiasme militant de toute une équipe depuis plus de 20 ans. Puis, la
Fondation s'est enrichie de cette magnifique bibliothèque qui est devenue
un lieu vivant où colloques, conférences, rencontres, expositions,
spectacle contribuent à faire revivre ce message de Cordoue, capitale de
l'esprit.
La Fondation Paradigma Cordoba, qui nous réunit aujourd'hui, n'est pas
devenue un mausolée de l'Andalous mais une institution qui prolonge et
actualise l'exemplarité de ce rayonnement, ce rayonnement qui nous a
transmis ce grand message d'unité, de respect et de symbiose de la
pensée islamique et judeo-chretienne. Dans ce message la science n'est
jamais séparée de la sagesse ni de la foi. Cette réflexion sur les fins et sur
la foi est toujours au coeur de nos préoccupations, elle pose le problème
de la dimension morale de toutes les avancées humaines: le nucléaire, la
manipulation génétique, la croissance économique, etc.. L'exemple du
passé doit nous servir pour comprendre le monde d'aujourd'hui.
Le foisonnement des idées, le développement de la science et la création
artistique ne peuvent vivre que si un véritable dialogue de tolérance, de
respect permet aux intelligences de s'exprimer.
Je suis, je le répète, très émue d'affirmer les espoirs de mon père, sa
confiance indestructible en l'homme, cette confiance qu'il a transmis à
toute l'équipe de cette fondation pour poursuivre cet idéal pour qu'un
jour le "vivre ensemble", la "Convivencia" soit réalité.
Le Musée de la Calahorra, la Bibliothèque Vivante de l'Andalous, le Forum
de Cordoue, le Chemin de Compostelle à Cordoue, sont les moyens que
nous nous sommes donnés pour perpétuer, transmettre, faire revivre
l'esprit de cette espérance de "convivencia" dans les différentes
communautés humaines.
Je terminerai par cette courte phrase d'un moine chrétien du XIIIe siècle,
Ramon Lulle,  qui symbolise à mes yeux cet esprit de Convivencia:
"L'homme n'est pas seul et le monde a un sens. Chacun, le juif, le chrétien,
le musulman voulait honorer les autres et accorder aux autres l'honneur
de commencer".
F.G.

(voir la galerie photos ici)
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy