16 juillet 2013

Roger Garaudy, né il y a 100 ans le 17 juillet 1913 à Marseille



Au commencement était l'amour
(juin 1918)


— Tu entends la mer?
Jean-le-pêcheur met une conque à mon oreille.
— Tu entends la mer ?
Bonheur : la mer pond ces coquilles. Elles chantent pour
moi. Elles me parlent de ce qui est loin. Ce loin que j'aime et
que je ne connais pas.
Le monde de mes cinq ans est cette terrasse de Mourepiane
suspendue entre ciel et mer, ces lierres sur le mur, avec la
frontière de cette balustrade, ses piliers de terre cuite à
silhouette d'amphores. Ces graviers où je creuse des rues et
bâtis des maisons. Et le grand platane.
Ma mère contient toutes ces choses et moi. Nous sommes en
elle. Les vagues, là-bas, je suis sûr que c'est elle qui les soulève
et les enroule, et les borde comme mon lit.
Il y a des fissures dans ce monde.
— Une lettre de papa, du front.
Le front, je ne sais pas ce que c'est : sans doute un mur qui
nous sépare de celui que maman appelle papa, et que je n'ai
jamais vu.
— Dis bonjour au facteur !
Je m'enfuis et je me cache : il doit être méchant puisque
chaque fois qu'il vient maman pleure.
Jean-le-pêcheur nous apporte la mer.
Il roule, comme un bateau, sur sa jambe de bois. Quand il
enlève, sa casquette de marin, ses cheveux blancs s'échappent
sur son front. On dirait une vague qui devient blanche en
s'écroulant sur les rochers.
Il apporte la mer.
La mer où maman me baigne, en bas, près de sa barque. J'y
deviens tout léger. Comme une mouette. Mon ciel de mer.


  Roger Garaudy, Mon tour du siècle en solitaire, pages 13 et 14 des Mémoires
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Sur "l'évènement" de Djelfa

Extrait 1
Les Ben Gourion, protégés, en Palestine, par les Anglais qu'ils haïssaient, ne savaient pas ce que coûtait la résistance dans un camp de concentration. Nous qui l'avons vécue, déportés à Djelfa, au Sahara, en 1941, parce qu'on ne déportait pas encore en Allemagne, lorsque nous avons voulu saluer, par notre chant: Allons au-devant de la vie l'arrivée des autres déportés des Brigades internationales, le Commandant du camp ordonna de nous fusiller. Nous ne dûmes la vie qu'au refus des soldats Ibadites (une secte musulmane du sud) pour qui un homme armé ne tire pas sur un homme désarmé.  Extrait de l'ouvrage de Roger Garaudy "LE PROCÈS DU SIONISME ISRAÉLIEN"


  Extrait 2 
Au début de la Deuxième Guerre mondiale, Garaudy est considéré par les autorités du régime de Vichy comme un Propagandiste Révolutionnaire. On l’affecte donc à la « Septième DINA » (Division d’Infanterie Nord-Africaine) en Algérie, aux confins du Sahara. Au côté des Arabes marocains, algériens et tunisiens, vont se trouver à combattre des résistants au fascisme que l’on a envoyés combattre aux points les plus meurtriers. Le 4 mars 1941, au moment où un convoi de volontaires étrangers vient se joindre à eux, Garaudy, ainsi que tous les réfractaires de son camp, contreviennent à l’ordre du commandant français de s’enfermer dans leurs marabouts. Ils entonnent Au-devant de la vie… Le commandant, incapable de censurer cette impulsion contestataire donne l’ordre à la garde de tirer. Garaudy, l’espace d’un instant, croit qu’il va mourir. L’attente se fond en silence. La notion de vivre l’instant présent prend alors une autre signification ; comment, remettre à plus tard, désormais, ce qui est possible d’être accompli maintenant. Il n’a que vingt-huit ans. Mais ils ne tireront pas. Ces hommes, des « ibadites », font partie d’une secte musulmane. Leurs croyances religieuses leur ont valu, il y a mille ans, d’être poursuivis jusqu’au Sahara. C’est en réponse à l’appel de Dieu qu’ils vivent, depuis, dans cet environnement hostile. Garaudy dit de ces derniers : Ces inconditionnels de Dieu nous ont fait vivre : il est contraire à l’honneur de guerriers musulmans du Sud qu’un homme armé tire sur un homme désarmé. Ils avaient, avant nous, l’expérience de la transcendance vécue.  Roger Garaudy, Mon tour du siècle en  solitaire :  Mémoires, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 66.

Ecriteau de 1945 - Camp  de Djelfa 2005
Ecriteau de 1945 - Camp  de Djelfa 2005
Camp Ain Srar - Djelfa 2005
Camp Ain Srar - Djelfa 2005
                                             
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Extrait 4
De plus, l’adhésion à l’islam n’entraîne pas pour le Juif ou le Chrétien de devoir renoncer à ces croyances initiales ; ces deux religions du Livre sont reconnues dans le Coran.  Le fait de ne pas avoir à abandonner le schème de ses représentations primaires semble conforter Garaudy dans sa démarche de conversion. De la doctrine de l’islam, il dit n’avoir su que très peu de chose mis à part les connaissances acquises par ses lectures ainsi que l’expérience de la transcendance vécue lors de la tentative de fusillade de Djelfa.  Ce qui nous porte à croire que cette conversion, en tant que solution interprétative, s’inscrit dans la continuité d’une démarche rationnelle, voire intellectuelle de recherche de significations, mais comporte aussi un volet pratique associé à un réseau de relations. 
Si, ce réseau lors de son premier séjour en Algérie ne semble pas vraiment constitué, l’expression de la foi musulmane dans la pratique ne le laisse pas indifférent. L’événement de Djelfa a laissé un souvenir impérissable dans sa mémoire. On sent de la reconnaissance, dans son témoignage, sur cet événement. Cette situation contribue à nourrir une ouverture d’esprit par rapport à l’Islam  qui rend accessible l’exploration des significations qui y sont associées.
 Extrait de la these de Brigitte Fleury, Maîtrise en communication, Université du Québec, Montréal 2004 "Étude de la conversion religieuse . d’un point de vue communicationnel: le cas de Roger Garaudy"

Extrait 5
"Allah guides to his light whomsoever he wills"(Qur'an 24:35). At the level of secondary causes, however, there are many reasons why a Western intellectual might embrace Islam. In the case of the French Marxist philosopher Roger Garaudy, who was born in 1914 and converted in 1982 when he was 68 years old, the key factors were arguably his conviction that Western society is based on a false understanding of man, and his own life-long quest for transcendence...
Factors which played a part in Garaudy's conversion
During the Second World War, Garaudy was interned with other Communists and spent nearly three years in prison camps in North Africa. On one occasion, when he was in a camp in Djelfa in southern Algeria, he and his fellow prisoners were saved from summary execution because the Arab guards defied orders to shoot them. He subsequently learned that they owed their lives to the fact that the guards were Ibadi Muslims whose religion forbade them to fire at unarmed men. Their unconditional obedience to a higher authority than their French commandant deeply impressed him and prepared the ground for his conversion over forty years later...
                                                     By: Neal Robinson ,        FROM MARXISM TO ISLAM:  
                                                                                     THE PHILOSOPHICAL ITINERARY OF ROGER GARAUDY

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Article à lire in extenso à: http://www.djelfa.org/garaudy.htm 

Montage photo qui servit de première bannière au blog de 2010 à début 2013
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy