30 juin 2012

Yacob Mahi: hommage à Roger Garaudy

Nous avons reçu de Yacob Mahi un hommage à Roger Garaudy:

Hommage à Maître Roger Garaudy
En son nom l’Exalté, Dieu, le Vivant l’Absolu,

Maître Roger Garaudy, humaniste fraternel, homme de foi universelle, philosophe, artiste, libre penseur, c’est un monument de la pensée qui s’est effondré et qui s’en est allé.

Athée, chrétien, communiste et musulman, c’est dans un silence assourdissant des médias qu’il nous quitte.

Maître Roger Garaudy, philosophe, déporté par Vichy en Algérie, intellectuel de renom, il rompra avec le Parti Communiste en s’élevant contre l’envahissement de la Tchécoslovaquie par l'Armée rouge. Homme qui aura exploré des voies nouvelles, homme de dialogue, il aura marqué son siècle.

L’enseignement de Zarathoustra, de Bouddha, de Jésus, de Maimonide, du Prophète Mohamed, d’Ibn Arabi, de sainte Thérèse d’Avila, de Marx, des théologiens de la libération avec Dom Helder Camara, Leonardo Boff, du Rabbin Moshé Menuhin et de Elmer Berger, de Mahatma Gandhi, de l’Abbé Pierre, de Mohamed Iqbal et bien d'autres ; de chacun il a été imprégné.

Ayant combattu tous les intégrismes instrumentalisés par les spiritualités, il dénonce « l’islamisme comme maladie de l’islam », et les exactions du « sionisme de l’Etat d’Israël, comme hérésie du judaïsme ». C’est alors que Roger Garaudy sera dénigré et présenté comme un négationniste. Pourtant, jamais Maître Roger Garaudy n’a nié le massacre de quelque peuple que ce soit. Au contraire, il dénonça tous les génocides, comme il dénonça le colonialisme, l’impérialisme capitaliste et libéral, « le monothéisme du marché », et l’instrumentalisation politique du religieux.

Roger Garaudy a écrit plus de 85 ouvrages sur des sujets divers. Hélas, les médias ne mettent en évidence que celui qui sera exploité par les tenants de la pensée unique, pour le discréditer, en raison de sa dénonciation de l’exploitation du malheur historique de la 2ème guerre mondiale, décrété par le Tribunal de Nuremberg orchestré par l’occupant américain en 1945.

Maître Roger Garaudy n’a jamais renié son accomplissement dans l’islam. Sa vie est faite de ruptures et non pas de reniements. Ce ne sont pas des variations, mais bien des phases grandissantes d’un humain qui s’accomplit en le Divin, constamment créateur et rénovateur. Fidèle jusqu’au bout à tout ce qui l’a nourri, il répétait si bien, « dire Dieu, c’est dire que la vie a un sens ».

Maître Roger Garaudy est resté à près de 99 ans, entre Transcendance et Communauté, établissant un rapport au Divin dans la résistance face aux dérives de l’humain, fidèle à son rêve de 20 ans.

Enfin, Roger Garaudy est mort en paix, et a été inhumé en paix, que ce soit dans le sol, dans les mers ou dans les airs, il restera pour l’éternité une voix de la Vérité Universelle.

Avec toutes mes sincères condoléances à la famille, aux amis, à la France, à la philosophie, aux musulmans, et à toute l’humanité, que Maître Roger Garaudy puisse vivre éternellement dans nos pensées et nos cœurs. Que Dieu lui fasse miséricorde. Paix sur son âme. Amen.

Yacob MAHI
Théologien et islamologue - Bruxelles


Jules Girardi. Marxisme et christianisme : Marxismo e cristianesimo. Postface par Roger Garaudy. Traduit de l'italien pour l'éditeur Desclée (1968). En vente ici:  http://www.amazon.fr/Jules-Girardi-Marxisme-christianisme-cristianesimo/dp/B0014W1ALQ

29 juin 2012

Roger Garaudy et Thierry Roland

le 16/06/2012 à 23h08

Lettre à la rédaction de l’information de France-Culture,

Madame ou Monsieur,

Je suis un auditeur quotidien de votre chaîne dont j’apprécie beaucoup de programmes et j’y écoute aussi les informations au moins trois fois par jour.

Vous respectez en général les auditeurs que vous informez en les laissant juges et responsables de leurs opinions. Or, vous avez censuré une information importante ce soir (journal de 18 h du Samedi 16 Juin) en préférant parler de la mort brutale de Thierry Roland à la disparition de Roger Garaudy.

La mort d’un commentateur sportif qui avait passé l’âge de la retraite et qui pouvait laisser sa place à un jeune, dont les propos racistes légendaires étaient tolérés de façon inexplicable, n’était ni un drame ni une nouvelle d’importance nationale.

En revanche, Roger Garaudy devait attirer l’attention de votre chaîne. Il a été l’un des plus grands philosophes français du XXeme s., il fut aussi le grand idéologue du PCF et son élimination de tous les médias à la suite de propos jugés révisionnistes ne vous dispense pas de rapporter la nouvelle de sa mort et de laisser les auditeurs se faire leur opinion sur la pensée  de ce philosophe qui a, entre autres choses, agi en faveur du rapprochement du christianisme et du communisme.

La censure, le fût-elle par omission, reste toujours une mauvaise voie. 
----------------------------------------------------------------------------------------------
La réponse du médiateur
le 18/06/2012 à 14h54
Bonjour,

Difficile, vous en conviendrez, d'étalonner au plus juste la place qui devait être accordée aux nécrologies respectives de Thierry Roland et Roger Garaudy.
Le critère chronologique a cet avantage qu'il permet d'éviter des débats trop passionnés. L'annonce de la mort de Roger Garaudy a été faite vendredi et traitée "éditorialement" ce jour là.
Celle de Thierry Roland a été connue samedi, et traitée de ce fait dans les journaux de samedi.
Nulle censure donc mais le seul résultat de "la grande faucheuse" qu'est le temps.En particulier chez les journalistes...


----------------------------------------------------------------------------------------------
[NDLR: la "petite faucheuse" du système médiatico-politique de la pensée unique est à l'oeuvre, comme toujours...]

26 juin 2012

L'utopie lumineuse d'islam, par Amara Bamba

par Amara Bamba

0En 2005, quand Tariq Ramadan ose son « Appel pour un moratoire sur les châtiments corporels », il me fit penser à Roger Garaudy. Cet appel était certes fou, mais lumineux il était aussi.
Parmi les intellectuels musulmans que j'ai rencontrés, Roger Garaudy est l'un de ces esprits forts, capable d'avancer une idée lumineuse qui semble une énormité quand on la confronte à la réalité du terrain musulman.

Je n'avais lu que son Appel aux vivants avant de rencontrer Roger Garaudy. Une conférence à La Mecque sur les « minorités musulmanes ». C'est là que j'appris qu'il était ce grand philosophe français devenu musulman après avoir été chrétien et communiste. Tout le monde en parlait. Je m'empressai de lui proposer un cycle de conférences dans mon pays. Il accepta l'invitation.

Dès l'aéroport d'Abidjan (Côte d'Ivoire) : « On commence quand ? », me demanda-t-il. Une semaine durant, cet homme qui avait près du triple de mon âge s'avéra d'une vitalité surprenante. Conférences publiques, conférences internes, interviews, dîners... Garaudy accéda à toutes nos demandes au grand dam des conseillers de Houphouët Boigny, qui me reprochaient de ne pas assez filtrer les contacts des étudiants musulmans avec celui qu'ils qualifiaient de « vieux communiste idéaliste et subversif ».

Pour ma part, cette expérience fut riche en anecdotes. Je n'en citerai que deux.

La première concerne une inconnue à l'allure extravagante. Coiffée comme une couverture de magazine de mode, elle m'attendait à la sortie de la mosquée : « Je ne suis pas musulmane, mais je suis danseuse » m'annonça-t-elle. Elle me supplia de rencontrer M. Garaudy pour une dédicace, dit-elle, du « livre le plus beau que j'aie jamais lu et qui a changé ma vie ». Danser sa vie, un livre de M. Garaudy que je découvris ainsi.

Une autre fois, un de nos maîtres à penser vint rencontrer M. Garaudy. Je l'introduisis : professeur de philosophie et conférencier des étudiants musulmans. « Vous enseignez donc la philosophie ? », lui demanda M. Garaudy en lui serrant la main. Puis, l'air désolé, il plaisanta : « Le pauvre ! » Lors de cette brève rencontre, M. Garaudy expliqua qu'il était nuisible d'enseigner uniquement des philosophes occidentaux, à de jeunes Africains. « Vos programmes ne doivent pas ignorer les penseurs d'ici. Penser n'est pas une exclusivité occidentale ! » dit-il.
En ces années 1980, Aristote, Socrate, Platon, Descartes, Sartre, Nietzsche, Kant, etc., étaient les seuls philosophes qui soient pour moi. Garaudy, l'Européen, se montra intarissable sur l'art africain, sur les penseurs d'Orient, des chrétiens, des musulmans, des Indiens. Des sujets dont nous n'avions trace dans notre éducation.

Il venait de publier Mon tour du siècle en solitaire. Il me l'offrit et en parla comme son dernier livre. Selon ses termes, il ne voulait pas « écrire un livre de trop ».
Hélas, avec Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Roger Garaudy a fait ce qu'il redoutait. J'ignore à quoi ressemble ce livre auquel on tente de réduire M. Garaudy. Maintenant qu'il est parti, il est peut-être venu le moment de confronter ce poignard dont se sont servis les « censeurs bien-pensants » pour suicider médiatiquement Roger Garaudy et l'abbé Pierre.

Chrétien, communiste ou musulman, Roger Garaudy a traversé la vie à dos d'un cheval analytique. Pour lui, le questionnement rationnel précède l'adhésion au dogme. « Ma foi commence là où s'arrête ma raison », disait-il.

Sur le hajj par exemple, un pilier incontesté de l'islam, Garaudy était révolté par les morts du jour de la station du mont Arafat. Ce lieu ne peut accueillir un million de personnes, sous le soleil, toute une journée, sans mettre en danger les plus fragiles. On compte trois millions de pèlerins sur le mont Arafat certaines années. La mort vient y faire ses courses. Logique !
« Préservons des vies humaines ! », s'indigne M. Garaudy. « Convenons d'Arafat sur trois jours à l'image des jours de l'Aïd ! », explique-t-il. Je trouve cette idée lumineuse, mais je sais qu'elle est utopique aussi. Il y a des questions où l'aspiration de la oumma transcende toute spéculation intellectuelle.

Par ses écrits, sa vie, Roger Garaudy laisse une œuvre complète. Artiste, philosophe, politique, croyant ou athée, chacun y trouve matière. Pour cela, il faut accepter de réfléchir par soi-même, ne pas accepter les réponses toutes faites.
Comme disait M. Garaudy, il faut « refuser la rationalité limitée ».

24 juin 2012

Roger Garaudy et l'Islam, par Yacob Mahi


par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 20 Juin 2012

Roger Garaudy est décédé mercredi 13 juin. A 98 ans, l’homme politique et intellectuel, longtemps reconnu et admiré, a été honni par la scène médiatique après la sortie de son livre « Les Mythes fondateurs de la politique israélienne », en 1996, dont les propos avaient été jugés négationnistes. Pourtant, dans la communauté musulmane, beaucoup ne lui ont pas tenu rigueur de cette incartade et se sont reconnus dans la pensée multiforme de ce philosophe converti à l’islam. C’est le cas du professeur de religion islamique Yacob Mahi, qui connaissait bien l’homme décrié. A l’occasion de l’hommage funéraire rendu à Roger Garaudy, lundi 18 juin, il nous parle de celui qu’il considère comme étant un « maître spirituel ».




Pour Yacob Mahi, Roger Garaudy « a contribué énormément à l’essor de la pensée islamique sur le plan mondial ».
Pour Yacob Mahi, Roger Garaudy « a contribué énormément à l’essor de la pensée islamique sur le plan mondial ».

Saphirnews : Que représentait pour vous Roger Garaudy ?

Yacob Mahi : Le professeur Roger Garaudy était une personnalité centrale de ma vie. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1989. J’avais lu plusieurs de ses livres quand j’étais jeune. Son ouvrage Appel aux vivants est le premier contact que j’ai eu avec Roger Garaudy. Ce livre m’a impressionné et m’a remis en question. J’ai donc cherché à rencontrer cette personnalité et j’ai pu le rencontrer. Nous avons partagé des moments d’apprentissage et d’éducation. C’était un philosophe, un penseur, un maître de sagesse. C’était l’un de mes maîtres spirituels.

Doit-il devenir une figure importante pour les musulmans ?

Y. M. : Oui, et même pour l’ensemble de l’humanité. Mais pour les musulmans en particulier, car il partageait la foi musulmane. Il doit rester éternel dans les pensées des musulmans et dans nos prières quand on connaît le poids des lobbies de la pensée unique qui voulaient faire taire sa voix et sa résistance par le biais d'un laïcisme exacerbé, un sionisme israélien ou les lobbies internationaux. On doit résister, « tisser des réseaux de résistance face à la culture de non-sens », comme disait M. Garaudy.

Sa pensée n’était plus relayée ces dernières années…

Y. M. : On ne l’entendait plus car les médias ne se faisaient pas l'écho de ce qu’il produisait. Les médias l’ont dénigré : on l’a diabolisé en le présentant comme étant négationniste alors qu’il n’a jamais nié les événements de l’Histoire tragique. Mais il était révisionniste : il se donnait le droit d’interroger l’Histoire et d’avoir une nouvelle grille de lecture. Il se posait des questions, ce qui est légitime. C’est le produit d’un esprit critique, fondamental dans nos sociétés démocratiques.

Comment a-t-il contribué au rayonnement de l’islam ?

Y. M. : Il a crée la fondation Garaudy à Cordoue, en Espagne, dans la Tour de la Calahorra. C’est un musée qui retrace la présence musulmane en Europe mais aussi le dialogue des musulmans avec les non-musulmans.
Le professeur Roger Garaudy a également écrit plusieurs livres sur l’islam comme Mosquée, miroir de l’islam (Japress Publications, 1993), Promesses de l’islam (Ed. du Seuil, 1981), L’islam habite notre avenir (Desclée De Brouwer, 1981), L’Islam vivant (Alger : La maison des livres, 1986), Grandeurs et décadences de l’islam (Alphabeta & chama, 1996).
Avant cela, dans les années 1940, il a écrit Contribution historique de la civilisation arabe (Ed. Liberté, 1946). A 98 ans, il est resté fidèle à ses rêves de 20 ans, à l’enseignement islamique.

Pouvez-vous nous parler de son cheminement vers l’islam ?

Y. M. : Son cheminement n’était pas une distanciation. Il a eu une vie faite de ruptures mais qui s’emboîtait. A chaque fois, il trouvait un enseignement qui venait compléter son enseignement précédent. Il estimait que l’islam chevauchait ses enseignements sur la sagesse. Sa conversion est la suite, la continuité logique de sa traversée.
« Je suis entré dans l’islam avec "Le Capital" de Marx sous un bras et la Bible sous un autre », disait-il. La méthode marxiste lui a apporté la dialectique ; et Jésus, la sagesse, l’humilité, la persévérance et la résistance. L’islam n’a fait qu’accroître sa pensée, son développement et sa personnalité. Il est resté fidèle au cycle prophétique jusqu’au bout.

Etait-il toujours musulman à la fin de sa vie ?

Y. M. : Oui, il n’a jamais renié son adhésion à l’islam. On peut critiquer Roger Garaudy sur certaines idées de l’islam qu’il pouvait avoir, mais il restait un philosophe, un penseur. Ce n’était pas un mufti ni un cheikh. Et il a contribué énormément à l’essor de la pensée islamique sur le plan mondial. Notre devoir est d’entretenir sa mémoire, en diffusant son enseignement aux générations montantes. Il ne faut pas tomber dans les pièges des lobbies.

Comment réagissez-vous au fait que Roger Garaudy ait été incinéré alors que c’est contraire à l’islam ?

Y. M. : C’est le choix de sa famille. Cela me déstabilise quelque part mais je respecte le choix de la famille. J’en ai parlé avec la famille que je connais bien et après discussions d’autres personnes sont intervenues. Mais il faut comprendre que le parcours de Roger Garaudy est fait de frictions et de déboires avec les institutions, la pensée unique, le laïcisme et le sionisme ; ce sont des éléments à prendre en considération. Quelque part, je comprends la famille, même si je n’aurais pas opté pour ce choix-là.

Que vont devenir les œuvres et la fondation Roger Garaudy ?

Y. M. : Je ne peux pas me prononcer au nom de la famille, mais je pense qu’elle œuvre au maintien de la fondation et fait en sorte que ses œuvres puissent nourrir les jeunes générations. Aujourd’hui, rééditer les livres de Roger Garaudy est très difficile car les grandes maisons d’édition le boycottent et même celles qui voudraient ne peuvent pas à cause des lobbies de la pensée unique, très puissants en France et en Europe. J’espère que les générations montantes pourront dépasser cela et mettre sur pied de nouvelles maisons d’édition pour rééditer la pensée de Roger Garaudy.

Quels ouvrages conseilleriez-vous aux jeunes générations qui ne connaissent pas la pensée de Roger Garaudy mais souhaiteraient la découvrir ?

Y. M. : Le premier livre que j’ai lu de lui, Appel aux vivants, publié en 1979, je le recommande à tout le monde. Avons-nous besoin de Dieu (Desclée De Brouwer, 1993) est aussi intéressant et fondamental, comme Grandeurs et décadences de l’islam (Alphabeta & chama, 1996), qui est une mise en garde contre les extrêmes. Le XXIe siècle : suicide planétaire ou résurrection (L’Harmattan, 2000) est aussi un ouvrage central. Et je recommande aussi son dernier ouvrage Le Terrorisme occidental (Al-Qalam, 2004), qui prend la forme d’un testament.

http://www.saphirnews.com/

22 juin 2012

"Ma vie est faite de ruptures et je n'en regrette aucune" (Roger Garaudy)



Ecrivain, auteur de quatre-vingt-cinq ouvrages, mort à l’âge de 99 ans
Roger Garaudy, le philosophe communiste devenu musulman


Roger Garaudy est mort le 13 juin chez lui dans la banlieue parisienne. La faucheuse l'avait déjà provoqué en 2001, lorsqu'il a été foudroyé par une double hémorragie cérébrale le jour même où il devait inaugurer la médiathèque moderne de sa Fondation pour le dialogue des cultures à Cordoue en Espagne. Tandis que sa famille le rapatriait en France dans un état critique, il apprenait les attentats qui venaient de se produire aux USA le 11 septembre, et il en tirait le titre de son dernier livre qui était prêt, Le terrorisme occidental.

20 juin 2012

Les obsèques de Roger Garaudy

Hommage à Roger Garaudy, le philosophe à contre-courant de la « pensée unique »

par Maria Magassa-Konaté et Huê Trinh Nguyên  sur  http://www.saphirnews.com/| Mardi 19 Juin 2012


Près de 200 personnes étaient réunies au crématorium de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) lundi 18 juin, à 15 h, pour dire un ultime adieu à Roger Garaudy, décédé mercredi 13 juin de mort naturelle à l’âge de 98 ans. Malgré la controverse qui entoure l’homme accusé de négationnisme, elles ont tenu à participer à l’hommage funéraire rendu à l’ancien homme politique et intellectuel converti à l’islam. Retour sur un après-midi d’hommage riche en émotions.




Hommage à Roger Garaudy, le philosophe à contre-courant de la « pensée unique »
Musulmans, chrétiens, athées, juifs, jeunes, vieux : le public venu dire adieu à Roger Garaudy est hétéroclite. Tous sont venus rendre hommage, soit à la figure communiste, soit à l’intellectuel qu’il était. Certains le connaissaient personnellement alors que d’autres ne l'ont découvert que par ses écrits mais tous ont voulu saluer un homme qui   représente beaucoup à leurs yeux.

Emotion vive au crématorium

Roger Garaudy était de confession musulmane. Au terme, d’un long cheminement spirituel, il avait embrassé la religion musulmane en 1980. Son hommage funéraire s’est donc ouvert par une prière islamique pour le mort (salât al-janaza) effectuée spontanément par les musulmans pratiquants, venus nombreux, dans une salle mise à leur disposition.

Par la suite, dans le crématorium, la totalité du public s’est recueillie pour lui rendre un dernier hommage, après qu'il fut précisé qu'« aucune cérémonie religieuse » ne serait faite « selon la volonté de la famille ». Dans la salle, l’émotion est palpable. Les membres de la famille du défunt (sa femme, sa fille, sa petite-fille et son arrière-petite-fille), assis au premier rang, ne peuvent s’empêcher de retenir leurs larmes. Et ils ne sont pas les seuls à laisser aller leur chagrin.

Sur l’écran de télévision, qui fait face à l’assemblée, un diaporama alterne les couvertures des nombreux ouvrages de Roger Garaudy et des photos personnelles. On l’y voit au côté du pape Jean-Paul II ou encore auprès du dirigeant cubain Fidel Castro. Promesses de l’islam, Comment l’homme devint humain, Pour l’avènement de la femme, Grèves minières d'hier à aujourd'hui ou encore La Résurrection de l'Afrique et Marxistes et chrétiens face à face défilent aussi sur l’écran et témoignent de l’auteur prolifique qu’il était (on compte près de 70 ouvrages à son actif). En fond sonore, des chansons de Jean Ferrat appellent au recueillement.

Hommage à un homme de foi pacificateur

Quatre des proches de Roger Garaudy témoignent, dans leurs discours, de leur grande affection pour lui.

Le premier intervenant tient à citer un extrait de Parole d’homme (1975), dans lequel l'auteur évoque la mort : « J'aime la mort du même amour que la vie. (...) Tout ce que j'ai pu créer, par mon travail, ma pensée, mon amour, s'est inscrit et pour toujours dans la création continuée de l'homme par l'homme. »

Un autre de ses anciens amis communistes, Gaston Viens, ancien président du Conseil général du Val-de-Marne et ancien maire d'Orly, « ancien déporté de Buchenwald », précise-t-il, déclare pour sa part avoir été choqué par les propos « négationnistes » de Roger Garaudy mais a tenu à lui dire au revoir : « Je t'en ai voulu, nous nous sommes éloignés. (...) Tu disais souvent quand il y avait des débats dans le parti que tu lançais le bouchon trop loin. En 1997, avec le négationnisme, tu n'as pas lancé le bouchon trop loin, mais dans la mauvaise direction. (...) "À Dieu", Roger, même si je n'y crois pas. »

Yacob Mahi, professeur de religion islamique en Belgique et ami intime de Roger Garaudy, qu'il ne cesse de nommer « Maître Roger Garaudy », introduit son discours par la basmallah. Il exprime sa vive émotion en saluant la figure multiple du « philosophe, résistant, athée, chrétien, musulman », qu’il considère comme un « humaniste fraternel et un homme de foi (...) venu à l’islam sans renier son passé ».

Roger Garaudy, « un monument »

Pour Yacob Mahi, c'est « un monument qui nous a quittés, jouissant d'une culture considérable, (et qui) nous enseigne une pensée globale (reposant) sur le postulat de la Transcendance, de la relativité et de l'eschatologie ». Selon l'islamologue, « le maître Roger Garaudy dénonce les excès », qu'il s'agisse du « sionisme, qui n'est pas le judaïsme » ou de « l'islamisme, qui n'est pas l'islam ». « Il s'en allait trouver Dieu, ailleurs et partout, chez Rumi et Gandhi » et citant Garaudy : « Quel que soit le chemin de l'amour, il est celui de ma foi. J'ai choisi l'islam pour prendre parti tels les théologiens de la libération. »

Une des amies de jeunesse de l'intellectuel a, par ailleurs, pris la parole pour témoigner du passé de résistant de Roger Garaudy « au sommet des valeurs humaines », tout en ajoutant qu’il fut « un vrai et grand communiste », qui avait d’ailleurs atteint les plus hautes instances du parti avant d’en être exclu en 1970.

Lors de la cérémonie d'adieu, on sent que les œuvres de ce penseur laisseront des traces. En effet, celui qui a traversé presque un siècle d'histoire en a séduit plus d’un avec ses textes. Les jeunes générations ont tenu à saluer ce travail. Amina, émue jusqu’aux larmes pendant la cérémonie, a connu l’intellectuel à travers ses livres. Pour la jeune femme, il représente « un bel espoir pour l’humanité entière » car il « pacifiait les relations humaines ». « A travers ses livres, il encourageait au vivre-ensemble et allait au-delà des paroles », juge-t-elle.

Pour Antoine, un trentenaire converti à l'islam, participer à cet hommage est d’autant plus important qu’à ses yeux Roger Garaudy est une « inspiration » dont l’existence lui parle beaucoup et note l’intelligence d’un homme qui avait prédit l’avènement de l’islam en Occident depuis bien longtemps.

Un musulman incinéré ?

Roger Garaudy était-il un négationniste comme beaucoup l’affirment ? Pour ceux qui sont venus lui rendre un dernier hommage, ce n’est pas tout à fait le cas. Pour ces derniers, l’intellectuel a juste cherché à se poser des questions sur les camps de concentration. Ses questionnements ont alors suscité un tollé car ils allaient à l’encontre de la « pensée unique », estiment-ils.

D’après Antoine, sa « recherche très profonde » en a dérangé certains. « Un esprit critique » apprécié par Widad, qui, à 19 ans, trouve intéressant « l’avis original de l’Histoire » délivré par Roger Garaudy. Le controversé et médiatique humoriste Dieudonné était également présent, en justifiant rendre hommage à la « lutte contre le colonialisme » de Roger Garaudy. Une présence d'ailleurs pas forcément appréciée par le reste de l'assemblée composée de nombreux inconnus et simples amateurs de l'œuvre de Roger Garaudy, qui veulent garder de lui « la figure intellectuelle qui a traversé le siècle ».

D’autres personnes ont salué sa défense de la cause palestinienne tout comme sa défense de l’islam et des musulmans à travers, notamment, sa fondation en Espagne. Des musulmans, d'ailleurs, qui ont été nombreux à s'interroger sur le choix de la famille d’incinérer un homme qui est mort musulman alors que cela est proscrit dans l’islam : à la fin de l’hommage après que les personnes eurent été invitées à se recueillir une dernière fois sur le cercueil du défunt − chacun à sa manière, signe de croix, invocation paumes tournées vers le Ciel, dépôt de fleurs, signe de la main... à l'image de la diversité du public −, Roger Garaudy a été incinéré.

Sur les feuillets laissés à la disposition à la sortie du crématorium, on peut lire parmi les nombreux témoignages qui lui sont rendus celui de Catherine : « Je veux rendre hommage à cet homme de paix qui sauve l'honneur de l'Occident dominé par une idéologie nocive. Le système ne vous a pas rendu hommage. Mais sachez, Roger, que vous représentez l'espoir pour nous, humbles résistants. Paix à vous. »

19 juin 2012

Roger Garaudy: une vie debout, par le Professeur Chems Eddine Chitour



«Le règne de Faust a pris fin en mai 1968: l'homme croit de moins en moins que le bonheur s'identifie avec la puissance et la possession. Son projet de bonheur est de moins en moins lié à la promesse de Descartes d'une «science qui nous rend maîtres et possesseurs de la nature». Ses rêves ou ses projets de bonheur sont de plus en plus liés à un art de vivre de nouveaux rapports avec la nature, avec les autres hommes, avec l'avenir et le transcendant.»

Roger Garaudy est mort le 13 juin 2012 Militant infatigable, chef de file des intellectuels communistes français, puis converti à l'Islam, Roger Garaudy, est décédé à l'âge de 98 ans. De stature imposante, lunettes épaisses, regard droit, élégant et fier d'un accent méridional, il fut considéré comme «l'homme du dialogue des civilisations». Il se définissait comme un «Don Quichotte» luttant contre les «moulins à vent» capitalistes. Mais il fut aussi un homme d'appareil. Au sein du Parti communiste auquel il adhéra à 20 ans, et dont il fut exclu en 1970 Au bureau politique, il était surnommé «le Cardinal» à la fois pour son sens de l'autorité et son attirance pour l'Eglise. Il fut, des décennies durant, prisé des milieux intellectuels et des médias français pour son oeuvre philosophique et son courage politique. En 1982 il s'est converti à l'Islam sous le prénom de «Raja'a» (l'espérance). Son livre, «Les Mythes fondateurs de la politique israélienne», fit de lui un paria dans le monde politico-médiatique.. Dans ce livre, il évoquait «le mythe des six millions de juifs exterminés, devenu un dogme justifiant toutes les exactions de l'Etat d'Israël en Palestine». Un sujet tabou en France. Il est interné trente mois de 1940 à 1943 dans le camp de concentration vichyste de Djelfa, en Algérie, . Il échappe à la faim, à la typhoïde, et à l'exécution, sauvé in extremis par des musulmans ibadites. (1)

La diabolisation pour avoir dénoncé le sionisme
A partir de 1996 Roger Garaudy fait parler de lui par des prises de position qualifiées de "négationnistes" par ses détracteurs. « Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, » qui est publié en 1995 Roger Garaudy fait un distinguo net entre le judaïsme respectable et le sionisme et une idéologie le sionisme. il fut l'objet d'un véritable lynchage. Il fut diabolisé mis à l’index notamment après la Loi Gayssot sur les peines encourues pour ceux qui doutent des crimes de masse des Juifs appelés Shoah. En 1998, au terme de cinq arrêts distincts, la Cour d'appel de Paris le condamna pour contestation de crimes contre l'humanité, et provocation à la haine raciale, à 9 mois d'emprisonnement avec sursis et une forte amende

L’Abbé Pierre eut le courage de porter témoignage en sa faveur . Nous lisons sa lettre : « (…) Ton livre le plus récent m’est parvenu alors que j’étais vraiment à bout de forces pour d’autres tâches pressantes. (…) De ton nouveau livre il m’est impossible de parler avec tous les soins que réclament non seulement son sujet fondamental, mais aussi l’étonnante et éclatante érudition, scrupuleuse, sur laquelle chaque propos se fonde, comme j’ai pu le constater en le parcourant. Autour de moi quelques personnes dont les exigences et la compétence sont grandes et qui l’ont entièrement lu me disaient l’importance de ce qu’elles en ont reçu. Il faut tout faire, et je m’y emploie, pour que bientôt des historiens vrais, de la même passion du vrai qui est la tienne, s’attachent à en débattre avec toi. Les insultes contre toi que j’ai pu connaître (jusque dans un quotidien que j’estime le plus pour son habituelle objectivité), qui t’ont accablé de toutes parts sont déshonorantes pour ceux qui, comme à la légère, t’en accablent ». (2)

Poursuivant plus loin l’Abbé Pierre décrit son effroi à la lecture du Livre de Josué : « (…) Sur toi et ta vie, peu de mots suffisent. Tu es un de ces hommes qui ne cessera jamais, jusqu’au face à face avec l’Infini Amour, d’être tourmenté d’une dévorante faim d’Absolu. (…) Tout a commencé, pour moi, dans le choc horrible qui m’a saisi lorsqu’après des années d’études théologiques, reprenant pour mon compte un peu d’études bibliques, j’ai découvert le livre de Josué. Déjà un trouble très grave m’avait saisi en voyant, peu avant, Moïse apportant des "Tables de la loi" qui enfin disaient : "Tu ne tueras pas , voyant le Veau d’or, ordonner le massacre de 3.000 gens de son peuple. Mais avec Josué je découvrais (certes contés des siècles après l’événement), comment se réalisa une véritable "Shoah" sur toute vie existant sur la "Terre promise". La violence ne détruit-elle pas tout fondement de la Promesse ? (…) Mais cette Alliance porte-t-elle encore sur ce coin du monde seulement (que l’on peut et doit encore appeler, non "terre promise", mais "terre sainte", couverte de crimes mais aussi de saints prophètes ? (…) Je t’en prie, retiens de ces lignes presque illisibles que nous lirons ensemble au téléphone, la force et la fidélité de mon affectueuse estime et de mon respect pour l’énorme travail de ton nouveau livre. Le confondre avec ce qui fut appelé "révisionnisme" est une imposture et véritable calomnie d’inconscients. Ton frère, Abbé Pierre » (2)

Roger Garaudy l’humaniste , le penseur et le croyant .
Chantal Dupille avec un zèle de bénédictin a compilé les contributions nombreuses variées et éclectiques de Roger Garaudy. Nous allons en cite quelques unes : « J'aime la mort écrit Garaudy du même amour que la vie. Parce qu'elles ne font qu'un. La mort - j'entends la mort naturelle, après une longue vie de travail et d'amour - n'est pas une limite, une négation de la vie. Elle donne, au contraire, à la vie sa signification la plus haute. Ma propre mort est un rappel constant que mon projet n'est pas un projet individuel. Je ne suis un homme que si je participe à un projet qui me dépasse... Tout ce que j'ai pu créer, par mon travail, ma pensée, mon amour, s'est inscrit et pour toujours dans la création continuée de l'homme par l'homme. A partir du moment où cette participation à la création est brisée j'ai cessé d'être un vivant, même si une technique médicale absurdement devenue une fin en soi me maintient pour un temps encore dans un état végétatif ». (3)(4)

A l'échelle du monde : Les désastres du néolibéralisme
Il y a trente ans déjà Garaudy nous mettait en garde contre les lois du marché « Au lieu de considérer l'actuelle logique économique de Maastricht, de l'Euro, et de l'économie de marché, comme un destin, il s'agit de rompre avec cette logique, c'est à dire passer de la logique de la spéculation à la logique de la production et de la création humaines à l'échelle du monde total et non d'une Europe, hier coloniale et aujourd'hui vassale, mais toujours usurière par son exploitation des dettes d'un monde qu'elle a sous-développé au profit de son propre développement déshumanisé ». (3)(5)

« De nouveaux rapports avec la nature qui ne soient plus des rapports de conquérants mais d'amoureux (..) Pour que se produise enfin, sur notre planète en péril, un changement radical d'orientation de nos sociétés, il ne suffit pas de réformes économiques et sociales, ni même de révolutions et de transferts de pouvoir. Pour opérer une radicale mutation, il faut un véritable soulèvement spirituel, un réveil global de conscience... L'éducation, de ce point de vue, a pour fin première la libération et la culture de l'imagination. Il n'est pas d'éducation plus révolutionnaire que celle qui tend à faire prendre conscience à l'enfant que le monde n'est pas une réalité donnée, toute faite, mais une oeuvre à créer, comme une oeuvre d'art ». (3) (6)

« Nous souffrons écrit Garaudy de vivre dans un monde sans but Ce qu'on appelle la politique de croissance est une politique pour laquelle le fonctionnement, de la machine est le but. Même si c'est une machine inutile, nuisible, ou mortelle. (…) Il ne s'agit pas d'arrêter la croissance mais de l'orienter pour qu'elle serve non l'abaissement de l'homme mais son épanouissement. Le marché capitaliste a recréé la jungle animale. Dans cette nouvelle jungle les forts dévorent les faibles: les grandes entreprises écrasent les petites, les sans propriété sont à la merci des possédants. (…) Dans les pays capitalistes l'homme est mutilé par cette triple aliénation de l'avoir, du pouvoir et du savoir. Les pays dits "socialistes" (à l'exception de la Chine) ont adopté le même modèle de croissance, la même coupure individualiste de l'homme, la même coupure entre dirigeants et dirigés. La prétendue "aide au Tiers-Monde", au lieu d'instituer un véritable "dialogue des civilisations" pour définir ensemble les orientations de l'avenir, tend à intégrer les pays autrefois colonisés au modèle occidental de croissance aveugle qui maintient et aggrave le inégalités entre les classes comme entre les nations ». (3)

Les sens de la vie et le rejet de tous les intégrismes
« Nous voulons que notre vie ait un sens écrit encore Garaudy dans sa vison œcuménique des religions, notre histoire un but. Nous voulons que chacun de nous participe à la découverte de ce sens, à la réalisation de ce but. Il n'est pas possible d'amender le système par des réformes partielles. Il faut en changer radicalement les principes et les structures. Abolir le capitalisme en son principe même, c'est combattre l'économie de marché, c'est-à-dire une économie fondée sur le profit de quelques-uns, l'exploitation des multitudes, le massacre de la nature considérée comme un réservoir et un dépotoir, la dégradation de l'homme, exploité comme travailleur, manipulé comme consommateur. En finir avec toutes les survivances du colonialisme c'est engager avec les non-Occidentaux un véritable dialogue des civilisations pour apprendre de leur culture d'autres rapports avec la nature qui ne soient plus seulement techniques mais vitaux, d'autres rapports sociaux qui ne soient ni totalitaires ni individualistes mais communautaires ». (3)(7)(8)

« Dans son dernier livre, écrit Michel Grodent, le philosophe s'en prend à tous les intégrismes
A quatre-vingt-deux ans, Roger Garaudy n'a rien perdu de sa combativité. Il n'a renoncé ni à Marx - ni à l'islam - à ne pas confondre avec l'islamisme. Son dernier livre a des accents prophétiques. Garaudy constate la décadence dans laquelle nous sommes : (…) Le responsable a pour nom «monothéisme de marché». (..) Il ne faut pas se tromper de cible, prévient-il. Quand leurs intérêts financiers ou pétroliers ne sont pas en jeu, beaucoup d'État occidentaux acceptent, au nom de la sacro-sainte raison d'État, de traiter avec des régimes musulmans non démocratiques. Au besoin, ils les aideront même à mater des rébellions, comme on l'a vu en 1979. (..) Le fondamentalisme est une réponse, incorrecte, dommageable, à un autre fondamentalisme qui est celui du colonialisme occidental. Et Garaudy de mettre en balance deux prétentions, intégristes, à posséder la vérité et à l'imposer à la terre entière. La version occidentale est économiste et abrutissante. Elle a pour véhicule favori la «télévision-poubelle», manipulatrice des opinions publiques. (…) » (9)

« Je vois l'islamisme comme une maladie de l'islam. (…) Si Dieu seul possède, poursuit Garaudy, qui peut décemment légitimer ces fortunes colossales réalisées en terre d'islam au mépris de toute justice distributive ? Si Dieu seul sait, qui peut se croire dépositaire d'un savoir absolu ?(…) Je rappelle dans mon livre ce «hadith», ce propos attribué au Prophète, lorsqu'il fut consulté par un homme qui était entré dans un champ de blé pour y arracher quelques épis. L'homme s'était fait agresser par le propriétaire. Le Prophète convoqua ce dernier qui se répandit en protestations. Comment ?, lui répliqua Mahomet, il était ignorant et tu ne l'as pas éduqué ? Il avait faim et tu ne l'as pas nourri ? Réprimer le vol en coupant les mains au voleur, comme on le fait dans certains pays musulmans, ce n'est pas un signe d'obéissance à la loi divine. Respecter la chari'a suppose que l'on s'attaque aux racines du mal : les conditions sociales qui incitent à voler. Et, de toute façon, quelle hypocrisie, à l'heure où le vol se pratique à grande échelle, où il suffit d'appuyer sur une touche d'ordinateur pour transférer des milliards d'un organisme bancaire à l'autre ! » (9)
Réfléchir sur l’avenir de l’homme

Makhily Gassama a eu le lourd privilège résumer l’œuvre titanesque de Roger Garaudy en focalisant sur l’un des ouvrages « Comme l’homme devient humain « (…) C’est précisément à la remise en question de nos actes, à la contemplation de l’œuvre immense accomplie, à travers les âges, par les hommes de tous les continents, que R. Garaudy nous convie dans son œuvre : Comment l’homme devint humain, témoignage émouvant de l’ensemble de l’effort fourni par les Races, pour la gloire de l’Homme ! Pour l’homme moderne, surtout l’homme occidental, l’œuvre de R. Garaudy est une invite à l’humilité, car il n’existe pas de peuple sans Histoire ; il n’est pas de peuple qui n’ait « rien inventé ». Et le développement de l’Homme, aussi stupéfiant qu’il soit, par rapport à l’Histoire du Monde, « est, nous prévient Roger Garaudy, ce que sont à une année les trois minutes dernières... ». (10)

Comment l’homme devint humain se présente, dans une autre perspective, comme une invite à la tolérance, à la fraternité entre les différentes Races, les différentes ethnies, qui peuplent notre Terre, cette Terre qui, vue d’une autre planète, paraît « belle, lumineuse », une et pacifique » Qu’on se souvienne ! Au Paléolithique supérieur (30 à 40.000 ans avant J .c.) le métissage biologique et culturel, qu’il s’agisse du métissage intra-racial ou interracial, était déjà un acquis de l’Histoire des hommes ! C’est dire, en d’autres mots, que la Civilisation de l’Universel à laquelle Roger Garaudy a décidé de consacrer le reste de sa vie, ne constitue pas, ne peut constituer, pour nous, un projet ou une utopie. Elle est, comme sont les lois de la nature. (…) Comment faire comprendre au grand public de l’Occident, que c’est en Afrique, que l’on a trouvé les plus vieux squelettes humains ? (…) Comment soutenir, devant ce public, que le papier et l’imprimerie « sont connus en Chine, 700 ans avant Gutenberg » ; et qu’Ibn Khaldoun « trois siècles avant Montesquieu, à une époque où l’Europe ne connaissait que des « chroniqueurs », recherche les lois du développement historique, et au-delà du « hasard », les causes cachées » ? Est-il aisé de faire admettre à l’opinion occidentale, à l’heure de la greffe du cœur, qu’en médecine, l’encyclopédie médicale de l’Iranien Razi, traduite en latin, « fait autorité dans tous l’Occident médiéval » ?(….) Et comme l’écrit l’Iranien Sohravardi dans son Bréviaire des Fidèles d’amour cité par R. Garaudy, « l’amour seul peut nous conduire à ce à quoi nous aspirons. Il faut donc se rendre soi-même capable d’éprouver l’amour... de se donner totalement à
l’amour ». (10)

Rien à ajouter.. Reposez en paix monsieur Garaudy , que la terre vous soit légère .

1.Roger Garaudy est mort. L’Expression du 16 juin 2012

2. La lettre de l'Abbé Pierre à Roger Garaudy 15 avril 1996: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2010/10/1996-la-lettre-de-labbe-pierre-roger.html

3. http://chantaldupille.over-blog.com/article-disparition-de-roger-garaudy-humaniste-artiste-croyant-libre-penseur-fraternel-106895558.html

4. Roger Garaudy, Parole d'homme, Editeur Robert Laffont, 1975

5. Roger Garaudy, L'avenir mode d'emploi, Editions Vent du large, p.11

6.Roger Garaudy, Les fossoyeurs. Un nouvel appel aux vivants. pp 207-209 Eds. l'Archipel

7.Roger Garaudy "Le projet espérance"(Editeur Robert Laffont), 1976

8. http://rogergaraudy.blogspot.fr/2011/04/vers-une-guerre-de-religion.html

9.Michel Grodent, "Le Soir", Mercredi 8 mars 1995 Roger Garaudy, «Vers une guerre de religion ? Le débat du siècle», Desclée de Brouwer

10. Makhily Gassama http://rogergaraudy.blogspot.com/2010/09/comment-lhomme-devint-humain.html Ethiopiques n° 25 011981 "Comment l’homme devint humain"



Professeur émérite Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

18 juin 2012

Roger Garaudy était par dessus tout un humaniste

 
 
 
Prenez n'importe quel moteur de recherche, écrivez les mots "ROGER GARAUDY" et pour résumer la vie de ce grand penseur qui vient de nous quitter vous ne trouvez la plupart du temps que le terme NEGATIONNISTE assaisonné à toutes les sauces.
 
Certes l'itinéraire de Roger Garaudy, président d'une association marxiste, puis successivement catholique puis musulman, tout en ayant été épris brièvement par le protestantisme est tout sauf un long fleuve tranquille.
 
Je pense que Roger était par dessus tout HUMANISTE et s'il fut ébloui par la justesse de l'enseignement de Marx, l'humanité incroyable de la personne de Jésus de Nazareth, il découvrit aussi l'ABANDON à l'absolu que les sages de l'Islam ont si bien chanté.
 
Mais s'il est un domaine où Roger Garaudy fut constant à travers la variété de toutes ses expériences spirituelles, ce fut bien la recherche de la justice si malmenée dans notre humanité d'aujourd'hui.
 
Le drame du peuple Palestinien, entre autres, ne le laissa jamais indifférent et de voir une partie du peuple issu d'Abraham et de Jacob renier son décalogue en n'hésitant pas à piller un autre peuple, à lui voler ses terres et sa dignité le poussa à réclamer justice pour ces nouvelles victimes d"un racisme et d'un nationalisme pervers.
 
J'ai lu attentivement son ouvrage sur la mythologie qui a donné naissance à l'état d'Israël.  Le dogmatisme du sionisme moderne, alimenté par par les conclusions parfois un peu sommaires un peu simplifiées du procès de Nüremberg ne lui parut pas toujours scientifiquement justifié.
 
Lorsqu'on n'a diminué de deux millions le nombre de victimes,  je crois, en l'écrivant, sur de nouvelles plaques à l'entrée de l'horrible camp d'Auchwitz, n'est-il pas légitime de penser que le nombre total  de victimes juives du pire génocide de l'histoire a été également modifié.
 
La chiffre de six millions de victimes juives auxquelles il ne faut oublier d'adjoindre les victimes tsiganes, homosexuelles, voire communistes... comme on le fait trop souvent, même s'il fut adopté à Nüremberg, ne résulte pas d'une étude scienfifique précise. Qu'il y ait six millions ou cinq millions de juifs assassinés par les Nazis ne change rien à l'horreur de leur comportement et du crime commis.
 
Je serais plus nuancé sans doute que Roger Garaudy dans ses hésitations sur l'utilisation du gaz pour assassiner celles et ceux que les nazis voulaient voir disparaître.
 
Le génocide de la Shoah est un vrai génocide  non parce qu'il avait pour but de tuer tous les juifs ou tsiganes de la terre ; même Hilter savait qu'il n'y arriverait pas. Mais il suffit, pour qu'il y ait génocide, qu'on s'attaque à un homme non pour ce qu'il a fait mais en raison de ce qu'il est.
 
J'aurais aimé échanger de toutes ces questions avec Roger Garaudy dont l'oeuvre ne cache nullement l'horreur que fut la persécution du peuple juif et d'autres minorités humaines par les Nazis.
 
Je pense avec lui que les sionistes ont profité de ces horreurs pour obtenir une certaine indulgence pour leurs propres crimes quand ils ont chassé le peuple Palestinien, vivant légitimement depuis des siècles, autour de Jérusalem et du Jourdain en le traitant, surtout à partir de 1967, à la façon dont les peuples colonialistes traitaient les peuples colonisés depuis des siècles.
 
Il n'y a de solution juste à la question Palestinienne que dans la reconnaissance par le peuple Israélien, qui heureusement ne représente pas  officiellement le peuple juif, de la faute commise par lui  et d'un nouvelle manière de partager à deux ou ensemble cette Terre sainte qui représente tant pour eux tous.
 
Je crois que ce n'est pas la lucidité et la liberté de pensée de Roger Garaudy qui salissent la mémoire de la Shoah, mais l'attitude, les crimes et l'orgueil du peuple israélien qui ont confiné le peuple palestinien  dans un nouveau ghetto sur leurs propres terres.
 
J'ajouterai que je ne reconnais nullement la légimité d'une loi plus religieuse que laïque et scientifique qui entend restreindre la liberté de recherche des scientifiques à propos de la Shoah comme si on avait peur qu'une étude objective n'absolve les nazis de leurs crimes. 
 
Roger Garaudy ne fut pas un négationniste de la Shoah mais d'une loi inspirée par un dogmatisme pseudo-laïc, inspiré entre autres par des mouvements pervers comme le CRIF qui tente de justifier l'intolérable de la conduite Israélienne en Palestine au nom de cet autre INTOLERABLE d'une autre échelle, c'est vrai,  que fut le nazisme et sa persécution  génocidaire des minorités détestées par le fou Hitler.
 
 
 
Yvan Balchoy

16 juin 2012

Un intellectuel toujours en recherche

“Qui dites-vous que je suis?” demandait, jadis, le titre d’un ouvrage de l’écrivain et philosophe Roger Garaudy (Qui dites-vous que je suis ?, roman, aux éditions du Seuil, en 1978).

Le Monde vient de consacrer un article à Roger Garaudy, pour annoncer sa mort.
Cet article est ici :
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2012/06/15/mort-de-l-ecrivain-roger-garaudy_1718993_3382.html

Un article vaguement étrange. Etrange, cet article l’est, tout d’abord, parce que Le Monde commence par dire qu’il reprend l’information – celle, donc, de la mort de Roger Garaudy – sur un autre site (1). Or on a l’impression, à lire l’article du Monde, que le journal reproche au site en question d’avoir donné la nouvelle de ce décès “sur le mode du deuil”.
“Sur quel mode” faut-il annoncer une mort?

Etrange, cet article l’est, ensuite, parce que Roger Garaudy, mort à presque cent ans, a eu un itinéraire philosophique et politique tellement sinueux, tellement riche, complexe – voire contradictoire - qu’il n’est guère possible de le résumer. Ou de le réduire à un seul aspect. 

Pourtant, Le Monde s’attache surtout – et s’attache, en tout cas, dans le titre de l’article - aux toutes dernières années de l’existence de Roger Garaudy. Est-il possible d’évoquer la vie d’un homme qui est mort centenaire, en insistant exclusivement – ou exagérément - sur les dix dernières années de son existence?

Le Monde écrit que, depuis 1996 environ, Roger Garaudy avait “bel et bien disparu du paysage national”.

Né le 17 juillet 1913 à Marseille, Roger Garaudy adhère au parti communiste à vingt ans, en 1933. Arrêté en septembre 1940, il passe toute la guerre en internement. Roger Garaudy était – entre autres – titulaire de la Croix de Guerre 1939-1945 et de la Médaille de la déportation et de l’internement pour faits de résistance. Il entre au comité central du Parti Communiste français, en 1945.

Ce grand antigaulliste sera député du Tarn en 1945 et 1946 lors des deux assemblées constituantes, puis élu à la première Assemblée nationale. En 1956, il est député de la Seine. Et même vice-président de l’Assemblée nationale de 1956 à 1958, puis sénateur d’avril 1959 à novembre 1962.

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/garaudy-roger-17071913.asp

Il sera exclu du PCF une dizaine d’années plus tard. Voici comment Roger Garaudy s’exprimait, à Nanterre, en 1970 (et je trouve ce document d’autant plus émouvant que ma propre mère, à l’époque, enseignait à l’Université de Nanterre, ville où j’avais moi-même habité en… Mai 1968).

http://www.ina.fr/politique/allocutions-discours/video/CAF91001354/congres-du-parti-communiste-a-nanterre.fr.html

Comme dit Le Monde, en ce temps-là Roger Garaudy “jouissait de la pleine respectabilité accordée aux intellectuels en vue”.

Sa recherche philosophique et religieuse se poursuit. Je me souviens, pour ma part, de son livre  D’un réalisme sans rivages: Picasso Saint-John Perse Kafka, préfacé par Louis Aragon (Plon, 1963), qui n’avait pas entraîné ma pleine adhésion à l’époque où je l’avais lu, mais qui était – et qui reste – un livre à lire.

En 1978, Roger Garaudy passe chez Jacques Chancel :

http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/audio/PHD97008038/roger-garaudy.fr.html

En 1981, c’est la publication de Promesses de l’Islam (Seuil) et la conversion de Roger Garaudy à cette religion.

Toujours selon l’article paru aujourd’hui dans Le Monde, en 1992 Roger Garaudy “est encore un intellectuel reconnu” (et cela,  malgré la (première) Guerre du Golfe, qu’il dénonce comme “une guerre coloniale”).

Ensuite, l’ancien intellectuel stalinien, docteur en philosophie, philosophe du PCF, puis gauchiste autogestionnaire en Mai 1968, puis musulman Roger Garaudy, qui avait toujours été “excommunié” – ou s’était excommunié lui-même - partout où il était passé,  finit cependant par subir l’excommunication majeure et définitive de toute son existence.

Défendu par l’Abbé Pierre (qui sera exclu quant à lui, à cause de cela, de la LICRA),  Roger Garaudy avait en effet subi diverses condamnations à des peine d’amendes et d’emprisonnement (avec sursis) pour contestation de crimes contre l’Humanité.

Comme dit Le Monde, Roger Garaudy disparut alors du paysage national. Il cessa de jouir de la pleine respectabilité accordée aux intellectuels en vue, et d’être un intellectuel reconnu.

“Qui dites-vous que je suis?” demandait, jadis, le romancier Roger Garaudy.

Roger Garaudy est mort.

Qu’il ait été un intellectuel controversé est indéniable. Mais ce fut un  intellectuel, aussi, qui aura traversé son siècle en y laissant une trace (et des dizaines de livres). Et aussi un “orateur brillant, jouant de sa considérable culture” (comme le reconnaît, dans son article d’aujourd’hui, Le Monde). 

Un intellectuel en recherche pérenne.

Or ceux qui cherchent, parfois, se trompent.

Il n’y a que ceux qui ne cherchent pas qui ne se trompent jamais.

Garaudy, au moins, n’était pas un intello botulien.

Robert Pioche 

__________________________________________________________

(1) NDLR: Il s'agit de l'article sur le site d'Alain Soral "Egalité et réconciliation", or ce site a simplement repris l'article du blogue "Roger Garaudy" en le signalant expressément d'ailleurs à 2 reprises ce que "Le monde" a tout simplement ignoré. Hélas pour la "démonstration" du quotidien français soi-disant "de référence", ce n'est donc pas un site d'extrême-droite qui a donné le premier la nouvelle de la mort de Roger Garaudy. Un détail sans doute, mais tous les détails ont leur importance dans le concert des media-mensonges...

15 juin 2012

Rendons justice à Roger Garaudy

Roger Garaudy, humaniste fraternel et universaliste,
artiste, homme de foi, libre penseur [...]


 

 
Un grand penseur nous a quittés, dans un silence assourdissant. La Police de la Pensée, qui régente tout en France depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, veille.
 
J'ai découvert Roger Garaudy lorsque le mari, catholique, de mon amie préférée, Palestinienne, m'a montré "Les mythes fondateurs de la politique israélienne". Pour moi, à priori, c'était un auteur "interdit". Donc à découvrir, car je suis une journaliste d'investigation, une chercheuse de vérité souhaitant toujours voir ce qu'il y a derrière l'Info officielle, les mensonges des Médias. Bref, j'ai commencé à lire. Mais bon, trop technique, au bout d'une dizaine de pages j'ai arrêté. Dès que ça devient technique, je me ferme comme une huître. Reste que j'ai été très étonnée. C'est ça, l'homme diabolisé, l'homme de mauvaise foi ? Bigre ! Il a l'air rigoureux, scrupuleux, sincère, d'une honnêteté incroyable. Cela s'est passé voici une dizaine d'années. Puis, en venant sur Internet voici 4-5 ans, j'ai découvert un blog rapidement devenu l'un de mes favoris : A l'indépendant. Indépendant, comme moi ! Alain indépendant, sensibilité de gauche, humaniste, fraternel, homme de foi, popularisant la Théologie de la Libération, ma préférée - diabolisée par le Vatican : "Christo-marxiste", selon ses détracteurs. Et dans cette formule, il y a un mot formidable : Libération ! Libération de l'individu, le rêve !
 
Et j'ai retrouvé Roger Garaudy (médaille de la déportation et de l'internement pour faits de résistance)... sur ce blog [...] Il est tout ce que j'aime : Humaniste ayant la passion de la vie et des vivants, résistant, fraternel, homme de gauche, de foi et de paix, artiste (danse..), libre penseur, chercheur de vérité, dénonçant les intégrismes, l'islamisme fanatique, le sionisme international militant (raciste, colonialiste, impérialiste, va-t-en guerre etc), l'occident criminel, l'impérialisme américain, etc, et grand partisan du dialogue des civilisations.
 
[...] Roger Garaudy est mon frère, il est notre frère à tous. Je lui rends hommage ! Et rendons-lui justice [...] 
 

L'article intégral à  http://sos-crise.over-blog.com/article-roger-garaudy-est-mort-humaniste-artiste-homme-de-foi-libre-penseur-eva-106889091.html

13 juin 2012

Roger Garaudy est mort ce mercredi 13 juin 2012 à 8h 30 à son domicile de Chennevières. Un hommage lui sera rendu lundi 18 juin à 15h au crématorium de Champigny-sur-Marne

 
J'aime la mort du même amour que la vie.
Parce qu'elles ne font qu'un.
La mort - j'entends la mort naturelle, après une longue vie de travail et d'amour - n'est pas une limite, une négation de la vie. Elle donne, au contraire, à la vie sa signification la plus haute.
Ma propre mort est un rappel constant que mon projet n'est pas un projet individuel. Je ne suis un homme que si je participe à un projet qui me dépasse...

Ce contre quoi nous avons à lutter, c'est contre la mort prématurée d'êtres jeunes, pleins de possibles. cela, pour une large part, dépend de nos luttes pour un ordre social sans guerre, sans misère, et pour une organisation humaine de la société.
Mais la mort d'un vieillard, ma propre mort, au terme de ma tâche d'homme, n'est nullement une malédiction. cette mort n'est que l'horizon dernier de la vieillesse: au fur et à mesure que je vieillis, l'éventail de mes possibles se referme, le champ de mes projets se rétrécit, je participe de moins en moins à la création. Ma mort est, dans ce mouvement, un passage à la limite...

Tout ce que j'ai pu créer, par mon travail, ma pensée, mon amour, s'est inscrit et pour toujours dans la création continuée de l'homme par l'homme. A partir du moment où cette participation à la création est brisée j'ai cessé d'être un vivant, même si une technique médicale absurdement devenue une fin en soi me maintient pour un temps encore dans un état végétatif.

Roger Garaudy Parole d'homme, Editeur Robert Laffont, 1975








Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy